Funérailles sur mesure : donner un sens plus personnel aux obsèques
Des cercueils de toutes les couleurs, personnalisés par des graphistes ou encore biodégradables. La volonté de donner un sens plus personnel et intime aux obsèques est au coeur des préoccupations. Les pompes funèbres s'adaptent au fur et à mesure que les mentalités évoluent. Y compris avec la place du digital dans nos vies : coffre-fort numérique ou QR code sur les tombes agitent l'univers du culte funéraire.
- Mis à jour le 25 févr. 2026
Faire face au deuil d’un proche est une épreuve de vie, périlleuse, que chacun traverse et s’approprie à sa manière. De plus en plus, la volonté de donner un sens plus personnel et intime à des obsèques, la place grandissante du numérique ou encore les préoccupations environnementales ont transformé les façons d’honorer nos disparus.
En Lorraine et Franche-Comté, les professionnels du deuil s’adaptent sans cesse. Leur quotidien et le regard qu’ils portent sur le monde funéraire éclaire sur ces nouvelles manières de dire adieu aux défunts. Les rites et les tendances bougent. Du coffre-fort numérique jusqu’au cercueil personnalisable, décryptage de ces nouvelles pratiques funéraires qui sont dans le vent.
Bouleversements sociétaux
Un QR code sur une tombe. D’un simple flash et vous voilà projeté sur une page web dédiée à un défunt. Telle est l’une des évolutions qui agitent l’univers du culte funéraire.
Alors évidemment, les cérémonies traditionnelles, religieuses demeurent majoritaires mais bien plus qu’un frémissement, ces évolutions modifient et bouleversent notre rapport à la mort et au deuil.
Si par la force des choses, le marché de l’économie funéraire semblait ne devoir connaître ni la crise ni de changements radicaux, la réalité est un peu plus complexe et oblige les acteurs du secteur à se renouveler constamment.
Une forte concurrence
À 42 ans, Yannick Marceau, originaire de l’Yonne dirige les agences funéraires Roc Eclerc de Thionville, Hayange, Florange et Mont-Saint-Martin. Soit une quinzaine de salariés, conseillers funéraires, marbriers et porteurs.
Quand on le taquine, en lui faisant remarquer que le marché funéraire, selon la croyance populaire, serait sans doute le seul qui ne connaîtra jamais la crise, le directeur fronce les sourcils. « C’est un cliché qui a la dent dure », maugrée-t-il. « Dans le funéraire, il y a de plus en plus d’acteurs, de grands groupes ou de gens qui se lancent dans des structures familiales. La concurrence est rude. »
Pour y faire face, Roc Eclerc Thionville, en Moselle, a lancé récemment deux innovations : le coffre-fort numérique et le cercueil personnalisable.
Dernières volontés numériques
« Les personnes qui nous mandatent aujourd’hui sont pleinement immergées dans le numérique », explique en préambule Yannick Marceau. « Elles utilisent au quotidien leur smartphone en gérant leurs démarches administratives en ligne, sont à l’aise avec les outils digitaux. Il est donc naturel que notre métier évolue pour leur proposer des services en phase avec leurs usages, même s’il est évident que le secteur funéraire reste avant tout un métier profondément humain et qu’aucune technologie ne remplacera jamais un regard, une parole réconfortante, un geste d’empathie ou un sourire sincère. »
Cette nouvelle ère numérique ouvre néanmoins la porte à des innovations très utiles, notamment en matière de prévoyance obsèques. C’est le cas du coffre-fort numérique.
Yannick Marceau.
Le coffre-fort numérique, un espace sécurisé en ligne, qui permet aux souscripteurs de centraliser tous leurs documents importants, leurs dernières volontés, leurs préférences pour la cérémonie, mais aussi d’ajouter des chansons, des instructions précises, des messages et des remerciements destinés à leurs proches.
Yannick Marceau, Roc Eclerc de Thionville
Un service simple, moderne et rassurant
Membres du réseau Funeris, les Pompes Funèbres Fabrice Welsch, installées à Sarrebourg et Abreschviller, en Moselle, proposent aussi depuis le printemps ce service inédit et gratuit de dépôt des dernières volontés funéraires en ligne. Une innovation qui s’inscrit dans une volonté d’accompagner là encore les familles toujours plus en amont, avec bienveillance et simplicité.
« C’est une démarche gratuite, sécurisée et réversible : on peut indiquer ses choix concernant la crémation ou l’inhumation, le type de cérémonie, le lieu de sépulture… puis modifier ces informations à tout moment », explique Fabrice Welsch, dirigeant de l’entreprise.
L’objectif ? Soulager les proches au moment du décès, en évitant qu’ils aient à prendre des décisions difficiles dans l’urgence. « Quand tout est prévu, les familles peuvent se concentrer sur l’essentiel : l’hommage et le recueillement », ajoute-t-il.
Libra Memoria pour rendre hommage aux défunts
Libra Memoria, une entité du groupe EBRA (www.ebra.fr), premier site français de commémoration en ligne et d’avis de décès, fait aussi partie de ces plateformes qui permettent de rendre hommage aux défunts en créant une page commémorative où déposer vos souvenirs inoubliables.
Publier un avis de décès en ligne
Déposer une bougie en hommage à un proche
Moins de conformisme
Au-delà de cette récente innovation digitale, le groupe Roc Eclerc propose également une personnalisation à l’infini des cercueils. Que ce soit par un recouvrement complet ou partiel à l’aide d’un revêtement à la technologie dernier cri, réalisé par des graphistes professionnels, autour d’une thématique choisie par la famille.
« Si le défunt était féru de pêche, on peut recouvrir le cercueil avec un lac, des forêts, etc. De même s’il était passionné d’automobile, de football, de jeux vidéo ou de peinture… C’est la famille qui construit avec nos équipes le visuel qui leur plaît », se félicite le directeur d’agence.
« Si le deuil traverse le temps sans changer la façon de célébrer ceux qui nous quittent, celle-ci évolue. Avec peut-être moins de conformisme. Les familles osent désormais des hommages qui leur ressemblent, emprunts d’amour et de personnalité pour que chaque adieu soit à la hauteur et à l’image de la vie vécue. Les temps changent », constate encore Yannick Marceau.
« Encore récemment, personne n’aurait imaginé choisir un cercueil blanc pour un proche qui n’était pas un enfant. Puis Johnny Hallyday a été enterré de cette façon… »
Un cercueil coloré pour refléter la personnalité du défunt
« Ferrari, c’était sa passion. Son cercueil était rouge, orné d’un cheval cabré. » Virginie Guilhem a ainsi encore en tête ces funérailles organisées il y a quelques mois dans une commune au nord de Metz. « D’un moment triste, la famille en a fait une belle image reflétant ce qu’aimait le défunt. »
La directrice de territoire de PFG pour la Moselle appuie son propos d’un nuancier qu’elle tient entre ses mains. « On dispose de 200 coloris, brillants ou mats. Et tous ont déjà été choisis au moins une fois ! » Ces cercueils personnalisables, les Pompes Funèbres Générales en proposent depuis 2022.
200 coloris sont disponibles
Rendre hommage aux défunts par de petites attentions
« Au début, cela pouvait interpeller certaines personnes. Mais, en fait, on a tous une couleur préférée… Et lorsqu’on montre notre catalogue avec des photos de cercueils bleus, rouges, jaunes, roses… des familles se disent que cela correspondrait à leur proche qui vient de les quitter. Le métier du funéraire est en train de changer : notre volonté est de rendre hommage aux défunts par de petites attentions. On peut disposer par exemple des petits mots dans des poches situées à l’intérieur du cercueil. S’il n’y a pas d’office religieux, l’opérateur funéraire propose un service civil qui peut même être sur un terrain de sport. On est à l’écoute des familles en passant davantage de temps avec elles. »
Des peintures sans solvant
PFG croit au développement de ces cercueils colorés qui constituent aujourd’hui 2% des ventes. « Le groupe a investi dans des cabines de peinture – sans solvant – au sein de nos deux usines, situées à Jussey en Haute-Saône (voir ci-dessous) et Reyrieux dans l’Ain, explique Virginie Guilhem qui précise que choisir un cercueil de couleur ne représente aucun surcoût par rapport à une finition bois. Réalisés sur mesure, ils sont disponibles dans les 48 à 72 heures, ce qui correspond au temps nécessaire à l’organisation des obsèques. »
Les cercueils colorés représentent à ce jour 2% des ventes. Et les PFG croient en leur développement.
Jusqu’où peut-on personnaliser son cercueil ?
Rendre les cercueils à l’image des défunts. La demande se confirme donc discrètement mais sûrement. « La personnalisation touche aujourd’hui tous les aspects de la vie et la mort n’y fait pas exception », témoignage OGF, leader des services funéraires en France.
Exemple marquant, Thierry Ardisson, célèbre animateur de télévision décédé le 14 juillet, il avait préparé les moindres détails pour ses obsèques. Son cercueil, fabriqué dans l'une des deux usines d’OGF dans l’Ain, est, bien sûr, comme il s’habillait : noir.
Trois caractéristiques à respecter
L’entreprise court d’ailleurs après la tendance et propose désormais plusieurs gammes de couleurs et de formes dans une filière dédiée à la personnalisation, mise en place il y a environ quatre ans. L’usine de Jussey, la plus grande en Europe dans ce domaine, produit 75 000 cercueils par an, dont environ 2 000 personnalisés.
L’usine de Jussey, en Haute-Saône, est la plus grande d'Europe dans le domaine des gammes de couleurs.
La personnalisation a pourtant ses limites : la fabrication des cercueils est strictement réglementée par la loi. Selon l’article R. 2213-25 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) modifié par un arrêté publié en 2018, trois caractéristiques doivent être respectées : résistance, étanchéité, biodégradabilité (ou combustibilité en cas de crémation).
De nombreuses normes, une particularité française ?
Surtout, la première de ces exigences, la résistance, est particulièrement réglementée. Pas moins de 13 conditions sont imposées. Autant de normes auxquelles les fabricants doivent se conformer. « Certaines propositions, comme un cercueil volontairement abîmé dans un esprit « rock’n’roll », peuvent trouver leur place dans la mise en scène de la cérémonie, mais ne peuvent être intégrées au processus de fabrication en usine », explique le groupe.
L’adaptation des matières premières est aussi soumise à ces contraintes. OGF utilise principalement le hêtre et le chêne, mais il leur est arrivé de faire une exception : un cercueil en teck conçu en hommage à un marin. La production d’OGF est destinée aux opérateurs funéraires sur le territoire national, plutôt qu’à l’étranger où les exigences diffèrent souvent. Ces normes rigoureuses sont, selon le groupe, ce qui « distingue le marché français ».
Les dernières innovations
Dans l’éventail des innovations et des nouvelles aspirations, il y a les funérailles écologiques, favorisant l'utilisation de cercueils biodégradables et des pratiques respectueuses de la nature.
Elles attirent de plus en plus de personnes soucieuses de minimiser leur impact sur la planète. La diffusion en direct des obsèques se démocratise depuis la Covid-19. Elle offre aux membres éloignés des familles la possibilité de participer à la cérémonie en temps réel.
Photos : Hugo Azmani, Carlos Ayesta, Jean-Noël Portmann, Stéphane Cuny, Philippe Neu, Lionel Vadam, Fred Lecocq, Alexandre Marchi. Services photos Républicain Lorrain L’Est Républicain - Vosges Matin