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Le deuil périnatal, un sujet tabou

Le deuil périnatal touche plus de 8 000 familles chaque année. Il concerne le décès du bébé au cours de la grossesse, pendant ou après l’accouchement et jusqu’aux premières semaines suivant la naissance. Cet événement traumatisant pour les familles est difficile à aborder en société.

Mis à jour le 10 oct. 2025

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Perdre un enfant avant ou juste après sa naissance est une tragédie indescriptible pour les parents. Pourtant, ce deuil est souvent ignoré par la société, avec un manque de compréhension et d'espaces de parole.
Différents témoignages  de femmes évoquent une culpabilité écrasante, les parents se sentant souvent responsables de ce qui est perçu comme une "défaillance", même si la cause est médicale.
Cette invisibilité sociale rend le processus de deuil encore plus difficile à traverser.

Surmonter la douleur

Le deuil périnatal est une épreuve complexe et peu concevable pour les parents.
Durant la grossesse des liens se tissent, un bonheur s’annonce et une tragédie survient. La mère comme le père doivent y faire face.
Le décès de leur bébé est difficilement compréhensible. Il s’apparente au départ d’un être proche. Pour affronter cette mort insupportable, les rituels et les actes symboliques liés au deuil doivent être mis en place puisque des étapes sont à franchir. Il est primordial d’exprimer la souffrance ressentie, de la nommer. Un long processus inconscient se développe et l’acceptation demande du temps.

Le rôle important de l’entourage

Il est essentiel pour les parents de s’entourer de leurs proches et de maintenir la communication au sein du couple. Discuter, partager son chagrin et ses douleurs apportent du réconfort. Selon plusieurs psychologues, suite à ce drame, les femmes se réfugient plutôt dans le silence pour prendre du recul, les hommes retournent à leur quotidien et s’investissent dans leur travail. 

La mort avant le terme reste un sujet tabou […]. La mort d’un enfant fait très peur car elle fait partie des choses impensables.

Docteur Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste spécialisée dans le deuil périnatal

Dans son ouvrage, Le berceau vide, paru chez Erès, elle fait référence aux phases à dépasser après l’annonce du décès de l'enfant : le choc, le déni, la colère puis un sentiment de culpabilité éprouvé par les parents. C’est à ce moment que les proches peuvent offrir du soutien.

Parler de leur histoire soulage et aide à réinvestir la vie (...) La reconnaissance de l'enfant et de la peine des parents est indispensable pour que ces derniers puissent se reconstruire, avoir d'autres projets, d'autres grossesses même s'ils gardent l'esprit endeuillé. 

Docteur Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste spécialisée dans le deuil périnatal

Se comprendre

A moins de l'avoir vécu, l'entourage doit savoir que nul n’est capable de comprendre la douleur et la souffrance liées à la perte d’un enfant. Il est nécessaire, pour les parents endeuillés, d’imaginer la difficulté à concevoir la blessure ressentie pour ceux n’ayant pas vécu un tel drame. Le décès d’un bébé aimé, en vie et qu’on ne verra pas grandir s’avère être une expérience profonde et douloureuse pour tous.

Un héritage du passé

Pendant longtemps, les enfants morts-nés n’étaient ni reconnus ni même baptisés par l’Église. Leur inscription dans le livret de famille était d'ailleurs difficile, comme si leur existence même était niée.

Aujourd’hui, si les mentalités ont évolué, ce silence historique laisse encore des traces. Le sujet reste tabou, car la naissance est associée à la joie. « C'est un événement gai, joyeux, c'est la vie. Une réalité qui est loin d'être anecdotique car c'est la mort qui vient s'immiscer dans quelque chose qui devrait être festif », explique le Professeur Cyril Tarquinio, psychologue.

Perdre un enfant à la naissance, c’est voir la mort se substituer brutalement à la vie attendue : un choc d’une violence inouïe.

Un besoin crucial de reconnaissance

Face à cette souffrance, les associations et les parents en deuil militent pour une meilleure reconnaissance du deuil périnatal. Ils demandent une prise en charge plus adaptée de la part du personnel médical, un accompagnement psychologique, et des rituels permettant d'honorer les bébés partis trop tôt.
Ces actions visent à sensibiliser le grand public et à briser le silence entourant ces drames, pour offrir aux familles le droit de vivre pleinement leur deuil sans jugement ni incompréhension.
Cependant, n'oublions pas les autres acteurs pouvant nous aider.

 

Pour faire vivre leur souvenir, Libra Memoria vous propose de laisser gratuitement un témoignage sur leur page commémorative.

L’aide des professionnels

Les équipes médicales interviennent en premier lieu pour épauler les familles.
Des formations spécifiques sont proposées aux professionnels pour être à l’écoute des parents. Depuis quelques années, des structures se sont créées dans le but d’améliorer une prise de conscience générale. Sous leur impulsion, une Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal a vu le jour.
Elle se déroule chaque 15 octobre dans le monde entier. Il existe également un livret d’information traitant du thème.
Ce document de 60 pages, nommé Repères pour vous, parents en deuil d’un tout-petit est disponible dans les centres médicaux. Il est un maillon de l’accompagnement.

Association d'aide

Certaines associations comme Agapa existent et proposent un accueil, un écoute et un soutien aux personnes en souffrance à la suite de la perte d'un bébé. Des groupes de femmes et d'hommes peuvent discuter autour d'une naissance ou d'une grossesse qui n'a pas pu être menée à terme : arrêt naturel de grossesse (fausse couche), mort fœtale in utero, grossesse extra-utérine, interruption médicale de grossesse (IMG), interruption volontaire de grossesse (IVG), réduction embryonnaire...
Une association de discussion permet aux mères et aux pères dans cette sitatuation de pouvoir exprimer leur peur, leur culpabilité, leur souffrance... sans tabou et jugement. La rencontre avec d’autres personnes passées par le même traumatisme invite à engager le dialogue. Il est important de pouvoir mettre des mots sur ce drame afin d'éviter de mettre en péril sa santé physique et sa santé mentale.

Le dire avec justesse

Il y a un vrai défaut de vocables autour de ce départ. Si le mot « orphelin » désigne un enfant ayant perdu ses parents, il n’existe pas de terme pour évoquer un parent ayant perdu son enfant.
Certains parlent alors de « Mam’ange » pour désigner les mamans qui ont perdu un bébé autour de la naissance, « Pap’ange » pour les papas, « Par’ange » pour les parents.

À propos de la loi

Depuis le 6 février 2008 (cf. Arrêts de la Cour de Cassation 06-16.498, 06-16.499 et 06-16.500), la législation a évolué et permet de déclarer à l’état civil, le décès d’un nourrisson (au-delà de 15 semaines de grossesse).
C’est une étape importante dans le processus de deuil. Les parents peuvent donner un prénom et inscrire l’enfant dans le livret de famille.
Si le décès a lieu entre la naissance et le 3ème jour, l’inscription sur le registre d’état civil et de décès est obligatoire ainsi que l’organisation de funérailles.

Date de révision de l'article : 10.10.2025