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Portrait

Mariel Dozard, 79 ans : en Mai 68 « on était des révolutionnaires à fond ! »

Elle avait une vingtaine d’années, une âme révolutionnaire et était en première ligne en Mai 68. A 79 ans aujourd’hui, Mariel Dozard n’a rien perdu de son éloquence verbale. Sans chichi, sans langue de bois, elle se souvient de cette grande période de manifestations. 

Au début des événements de Mai 68, Mariel Dozard était en première ligne. Photo E.M.

Au début des événements de Mai 68, Mariel Dozard était en première ligne. Photo E.M.

Emilie MARIN - Mis à jour le 22 déc. 2025

Vidéo. - Paroles d'hier : Mariel nous raconte sa folle jeunesse de féministe en mai 68

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« J’ai tout fait en mai 68. J’étais déjà maman, mariée à un Ukrainien, j’étudiais l’anglais et le russe, et j’étais sur les barricades. » Mariel avait 22 ans.
Elle étudiait à la fac de lettres de Nancy. Là où tout a commencé dans la capitale de la Meurthe-et-Moselle. « La fac de droit s’est lancée après nous. On était organisé comme pendant la Résistance. On avait différents groupes, on ne se croisait jamais. On mettait des papiers dans nos poches et on se les passait. »

Affrontements avec la police, place Stanislas en Mai 1968. Copyright : L'Est Républicain

Affrontements avec la police, place Stanislas en Mai 1968. Copyright : L'Est Républicain

Le mouvement prend rapidement de l’ampleur. « Bien sûr, on suivait ce qui se passait ailleurs. Notamment à Paris. On voulait changer la société, on considérait le général de Gaulle comme un tyran, un Franco, un Mussolini ! Notre première revendication était la mixité des cités universitaires », se souvient Mariel.  Dans son regard, une forme de fierté d’avoir été de ceux-là. Et un franc-parler drôle et déconcertant à la fois.

Celle qui maîtrise à la perfection la langue de Molière et sa grammaire, qui parle aussi italien, russe, allemand, latin et grec, n’y va pas par métaphores quand elle parle de cette époque.

Je me foutais complètement de l'avis de mes parents. Moi, j’étais rouge, très rouge.

Mariel Dozard

« Mes parents étaient paysans, plutôt vers là-bas. A droite quoi ! Je m’en foutais complètement de leur avis. Moi, j’étais rouge, très rouge. On était des révolutionnaires à fond. On éditait un journal, on a occupé les usines, on a fait de la propagande pour que d’autres viennent nous rejoindre… On démontait les grillages autour des arbres. Oui, j’ai jeté des pavés sur la place Stanislas. Et puis aussi… ». Eclat de rire. « Ben aussi sur les flics ! »

Archives L'Est Républicain
Archives L'Est Républicain

Après un détour à Paris, Mariel a estimé que « ça chauffait un peu trop fort. J’aime la violence verbale, je n’aime pas la violence physique. Des camps militarisés se montaient dans les Vosges, la fac de lettres était devenue un immense bordel. Tout était crade. »

Arrêtée par les CRS

Jusqu’au jour où elle s’est retrouvée sur le pont de Malzéville avec d’autres manifestants. Le pont s’est levé. Un couple a voulu la sauver de la police en lui ouvrant la portière. « Je me souviens très bien. C’était une 4L verte. Ils avaient un chien. » Trop tard. Elle manque le coche et saute. « Et là, je me trouve embarquée par 4 CRS. Des vrais malabars et hop, direct dans le panier à salade. » Pour la première fois, Mariel se sent « petite. Et l’inspecteur, je me souviens encore de son nom, qui me dit, vous, une mère de famille, sur les barricades…C’est vrai, ça ne se faisait pas trop. »

C’est aussi à ce moment-là qu’émergent les Katangais. Les casseurs de Mai 68, qui faisaient office de milice éphémère. « Ce sont eux qui ont apporté la violence. Et pour moi, ça allait trop loin. Et puis l’affaire avec les CRS quelque temps avant, le commissariat… Bref, ça m’a quand même calmée. »

Epoustouflante Simone Veil

Pour autant, Mariel ne regrette rien et referait tout à l’identique ou presque. « Bien sûr, avec les années, on prend du recul. Comparer de Gaulle à Mussolini c’était évidemment excessif. On a même voté Mitterrand par la suite. Bon ça, j’avoue je le regrette », avoue-t-elle dans un éclat de rire.

Simone Veil. Photo Marie-Lan Nguyen (User:Jastrow), CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Simone Veil. Photo Marie-Lan Nguyen (User:Jastrow), CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Mai 68 aura, à ses yeux, apporté bien des choses. « C’était une vraie révolution politique. Pas féministe même si cela a apporté beaucoup aux femmes par la suite. » Et Mariel d’évoquer Simone Veil. « Elle était frappante, époustouflante. Je l’ai toujours admirée. Elle a beaucoup fait pour la libération des femmes. »

Férue d’histoire, de langues étrangères, celle dont la maman a fait de la résistance alors que son père était prisonnier dans un camp nazi, n’a pour autant pas renié ce qu’elle était viscéralement au fond d’elle. « Vous savez quoi ? J’ai fait du naturisme et aussi de la moto. La dernière que j’ai eue, c’était une Yamaha. Elle était… rouge ! Avec le casque assorti. »