Sylvia Houpier, aide-soignante : « un Ehpad, c’est vivant ! »
Sylvia Houpier a toujours travaillé à l’Ehpad Sainte-Sophie à Thiaucourt-Regniéville (54) et compte bien y rester jusqu’à sa retraite, dans 7 ans. Par amour de la vie, par respect aussi. Pour adoucir les maux des corps et de l’âme et pour accompagner les familles qui se trouvent confrontées au deuil.
- Mis à jour le 18 août 2025
Ambiance années 80 ce mardi midi dans une des salles de restauration de l’Ehpad Sainte-Sophie, à Thiaucourt-Regniéville, en Meurthe-et-Moselle.
Aux « platines », « DJ Sylvia » qui improvise au passage quelques pas de danse. « Pas trop fort, pour qu’ils s’entendent parler. Mais c’est pour mettre un peu d’ambiance. » C’est sans doute sa signature à elle.
Sylvia fait presque partie des murs. 36 ans de bons et loyaux services dans cet Ehpad. Elle le sait déjà, elle finira sa carrière ici. Agent de service hospitalier pendant 3 ans, elle a décidé de suivre la formation d’aide-soignante. « A l’époque, mes enfants avaient 6 ans et 18 mois. » C’est dire si elle en voulait.
Elle a bien envisagé de poursuivre pour devenir infirmière mais finalement, « pour moi, c’était trop de paperasses et pas assez de contacts. »
40 formations au compteur
Cela ne l’a pas empêchée de suivre une quarantaine de formations tout au long de sa carrière. Notamment autour des massages, pour le bien-être des pensionnaires. « Certains n’aiment pas ça mais d’autres apprécient beaucoup. En fait, il faut tout faire pour leur bien-être et leur confort. »
Souriante, solaire même, Sylvia aime danser. Elle est la première sur la piste lors des après-midi musicaux. « Un jour, j’ai même fait danser une résidente qui était en fauteuil roulant. Elle en pleurait de bonheur. Et moi aussi. C’est un moment qui m’a énormément marquée. »
Un Ephad, c'est vivant, ce n'est pas un mouroir.
Sylvia Houpier
Cette expérience, elle la partage avec la jeunesse qui arrive. Se félicitant d’une mixité d’âge dans l’équipe, où chacun apporte quelque chose à l’autre avec pour unique objectif de rendre la vie plus douce aux pensionnaires en soutenant leurs familles. « C’est difficile d’arriver dans un établissement comme le nôtre. Ils sont déracinés. Alors il faut tout mettre en œuvre pour qu’ils se sentent bien. Un Ehpad, c’est vivant, ce n’est pas un mouroir, mais un nouveau lieu de vie qui commence. »
L'importance du toucher
Son atout majeur, c’est le contact. « Le toucher est important. Un geste, un bisou. Leur dire qu’ils sont beaux quand ils sortent de la douche, bien coiffés, bien habillés. On ne surjoue pas. Et puis, parfois, un regard suffit. On les écoute, on leur remonte le moral. Ils sont vraiment dans la résilience. » Un mot qui est d’ailleurs tatoué sur son bras, tout à côté de carpe diem.
Profiter de l’instant présent pour, peut-être, ne pas penser à ce que seront les derniers. Ce moment où les familles attendent aussi beaucoup d’eux.
« Moi, je veux que les proches les voient comme ils ont été. C’est une question de respect. L’âme doit partir propre, au sens propre comme au figuré. Je leur mets toujours une couette sur eux, pas un drap. Un drap, ça fait morgue. Une couette, on dirait qu’ils dorment. Ce n’est pas pareil comme approche pour les familles. »
Les familles ont besoin d'aide
D’ailleurs, Sylvia se souvient avoir fait un modelage pendant plusieurs heures à une résidante qui était décédée en tombant en avant.
« Son visage était tuméfié. Je ne voulais pas que ses proches la voient ainsi. » Une forme d’hommage pour celle qui reconnaît que « les personnes âgées nous apportent énormément. Sans doute plus que ce que nous, nous pouvons leur apporter. Elles m’ont enrichie de leurs valeurs, de leur vécu, de leur histoire. » Alors cette dignité qu’elle veut leur donner, elle y tient plus que tout.
Et puis, dans les derniers instants, « il faut les enrouler de tout notre amour et les laisser partir, même si c’est difficile. C’est aussi notre rôle que de le dire aux familles. Elles ont besoin d’aide. Elles ont besoin de nous. »