- Accueil
- Métier
-
Murielle Genter, agent de service hospitalier : « Ce n’est pas un mouroir, c’est un lieu de vie »
Murielle Genter, agent de service hospitalier : « Ce n’est pas un mouroir, c’est un lieu de vie »
Murielle Genter est agent de service hospitalier. Elle est chargée du bionettoyage à l’Ehpad Sainte-Sophie, à Thiaucourt-Regniéville. Un lieu public, en secteur rural, à deux pas de Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle.
Son métier, elle l’a « dans les tripes » et son rôle ne se limite pas à sa fonction. Bien au contraire : elle y apporte sa touche d’humour, de sensibilité aussi et beaucoup, beaucoup d’humanisme.
- Mis à jour le 22 déc. 2025
Vidéo. - Murielle se souvient d'un résident qu'elle a accompagné
« Ce boulot m’a sauvée ». Les yeux brillants de larmes, Murielle se souvient de ces douloureux moments, quand la vie lui a arraché deux fils. Un trou noir, un choc abyssal.
C’est dans l’intimité des chambres de l’Ehpad Sainte-Sophie, à Thiaucourt-Regniéville (54), qu’elle a su trouver du réconfort. « Aussi parce que certains résidants ont vécu au cours de leur vie la même chose que moi. Et ils savaient ce que c’est que de perdre un enfant. Mon boulot m’a vraiment remontée. »
Un lieu de vie
A tel point qu’à deux ans de la retraite, elle avoue déjà nourrir des craintes de quitter son travail. « C’est dans mes tripes. Je n’ai pas eu la chance de connaître mes grands-parents mais déjà à 15 ans, je m’occupais d’une mamie dans mon village. »
Comme un signe du destin, quand la vie l’amène à Thiaucourt, avec mari et enfants, elle rencontre la directrice des lieux de l’époque. « J’ai commencé par un remplacement, j’ai ensuite participé à l’animation et je suis devenue agent de service hospitalier. »
On n’imagine pas à quel point échanger avec eux est une richesse.
Murielle Genter
Une fonction derrière laquelle se cache bien d’autres choses qu’une simple fonction. « Ce n’est pas un mouroir ici. C’est un lieu de vie. On n’imagine pas à quel point échanger avec les résidants est une richesse. »
Lire dans leur regard
Des échanges dont Murielle se nourrit autant qu’elle en apporte. Parfois comme si de rien n’était. Juste pour créer du lien. Elle sait lire dans le regard de ces âmes aux tempes grisonnantes. Presque comme dans un livre ouvert.
C’est aussi son métier : « s’assurer que tout le monde va bien ». Elle connaît la moindre des habitudes de chacun mais parfois « je fais comme si je ne savais plus. Je leur demande s’ils préfèrent un thé ou un café le matin. Je sais parfaitement qui prend quoi, mais c’est une façon de les faire parler, de lancer la discussion. Ce ne sont pas des plantes vertes. Et puis ils ont aussi besoin de tendresse. Tenir une main, caresser un bras, c’est important. »
Pour Murielle, l’humour est aussi une ressource essentielle. « J’ai toujours une petite blague à raconter. On n’est pas là pour les rendre malheureux. Il faut aussi savoir les écouter. Vous n’imaginez pas à quel point ces personnes sont une richesse. C’est vraiment le mot qui me vient à l’esprit : richesse. » Parfois, les échanges vont bien au-delà d’un service au moment du repas, du nettoyage de la chambre… « Une résidante vient parfois avec moi en cuisine en bionettoyage. C’est un moment qu’elle apprécie. On discute. Pour elle, c’est important. Et heureusement, nous avons une direction très ouverte d’esprit qui nous permet de faire un certain nombre de choses. »
Des familles reconnaissantes
Murielle s’amuse encore de cette sortie cueillette de fraises. « Nous devions en ramener et elles étaient assises là, à papoter et à les manger… on n’a quasi rien ramené ! » Une tranche de vie parmi mille autres. Pour les pensionnaires, mais aussi pour elle. Alors oui, évidemment, du lien se crée avec les pensionnaires. « C’est impossible de ne pas en créer. On les voit plus que leur propre famille. Des familles qui sont d’ailleurs reconnaissantes avec nous. »
Alors forcément, quand l’heure du départ sonne à la porte d’un résidant, c’est toujours un moment compliqué. « C’est difficile de mettre de la distance. Même si, avec mon expérience de vie, je me dis que c’est plus normal de partir à 85 ans, qu’à 40 ans. Moi, la seule chose que je veux, c’est qu’ils partent sans souffrir. »