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Portrait

Colette Louis, l’Alsacienne sous l’occupation allemande

Colette Louis était à Altkirch, en Alsace, durant la Seconde Guerre mondiale. Bien que petite à l’époque (elle est née en 1936) sa mémoire, devenue parfois sélective, lui rappelle cependant la peur des bombardements, des avions et des sirènes. Et elle n’oublie pas non plus qu’elle a dû changer deux fois de nationalité.

Elle n'avait que 3 ans au début de la Seconde Guerre mondiale, mais Colette n'a pas oublié le bruit des sirènes. Photo E.M.

Elle n'avait que 3 ans au début de la Seconde Guerre mondiale, mais Colette n'a pas oublié le bruit des sirènes. Photo E.M.

Emilie MARIN - Mis à jour le 22 déc. 2025

Vidéo. - Paroles d'hier : Colette revient sur son enfance durant l'occupation allemande en Alsace

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« J’avais tellement peur. » Plusieurs fois lors de notre entretien, Colette l’a répété.
Elle n’avait que 3 ans au début de la guerre. Mais elle se souvient du bruit des avions, de celui des bombardements. « On courait vite, très vite, pour se mettre à l’abri. Souvent dans une cave. Sans doute ailleurs, mais je ne m’en souviens plus. Mon frère, de quatre ans mon aîné se souvient de plus de choses. Mais on avait peur des Allemands. »

Allemande à l'époque

Colette et sa famille vivent alors à Altkirch, près de Mulhouse.
Elle est alsacienne et fière de l’être. Et elle le reconnaît, malgré la peur, « nous étions un peu épargnés car nous étions allemands à l’époque. Nous n’avons pas été bombardés comme les autres. Mais quand les sirènes sonnaient… » S’ensuit un silence. « Ce n’était pas gai. Ce n’est pas beau la guerre, s’entre-tuer, ça ne sert à rien. »

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Dans sa famille, certains sont incorporés de force dans l’armée allemande. Comme ce fut le cas pour de nombreux Alsaciens et Mosellans. « Nous n’étions plus français, nous étions allemands ».

A la fin de la guerre, on nous appelait les boches de l'Est. C'était dur à entendre.

Colette Louis

Si Colette, 89 ans, ne se souvient pas de tout, son œil bleu perçant est vif et son sourire permanent, en toute circonstance même quand elle raconte qu’à « la fin de la guerre, on nous appelait les boches de l’Est. C’était dur à entendre. »
Une période d’après-guerre où elle et sa famille ont retrouvé leur passeport français. « Je suis alors allée à l’école. C’est là que j’ai appris le français, car à la maison, on parlait seulement l’alsacien. »
Un regard tourné vers le ciel, elle pense à son père qui cultivait son jardin pour nourrir sa famille. « Nous ne manquions de rien grâce à lui. Il nous manquait juste des bonnes choses. Du chocolat par exemple. On n’a pas été malheureux. Nos parents nous aimaient, nous protégeaient. »

Alsacienne de naissance, Lorraine de coeur, Colette coule des jours paisibles à l'Ehpad de Thiaucourt, en Meurthe-et-Moselle. Photo E.M.

Alsacienne de naissance, Lorraine de coeur, Colette coule des jours paisibles à l'Ehpad de Thiaucourt, en Meurthe-et-Moselle. Photo E.M.

Une belle vie

Certificat d’études en poche, elle rencontre Christian, qui deviendra son mari.
Il était venu faire son service militaire dans le coin. « C’est comme ça que je me suis fait avoir », s’amuse-t-elle. Elle l’épouse alors qu’elle a à peine 18 ans. « Un mariage simple ». Trois enfants naissent : Patrick, Alain et Joëlle.
Elle reconnaît avoir eu du mal à quitter l’Alsace pour s’installer en Lorraine. « Vous savez, pour les Alsaciens, il n’y a que les Alsaciens qui existent, rigole-t-elle. Mais j’ai vécu des jours heureux, j’ai eu une belle vie. Et on est bien en France. »