Pourquoi enterrons-nous nos morts ? Entre tradition, croyance et nécessité
Le fait d'enterrer nos morts a plusieurs origines. Cette tradition se trouve aux croisements de questions sanitaires, sociales et spirituelles. Mais dans tous les cas, ce processus consiste d’abord à prendre soin et à rendre hommage à ceux qui ont partagé nos vies.
Mis à jour le 27 oct. 2025
Vidéo. - Pourquoi enterrons nous nos morts ? 🌿
Enterrer nos morts est un geste universel, vieux de plus de 100 000 ans. Les plus anciennes traces d’inhumation témoignent déjà du besoin d’honorer ceux qui ont partagé notre existence. C’est une pratique à la fois anthropologique, spirituelle et pratique, inscrite au cœur de toutes les civilisations.
« À partir du moment où les sociétés humaines se sont sédentarisées, on a vu apparaître des sépultures individuelles ou collectives », explique le Professeur de psychologie Cyril Tarquinio. Ces lieux permettaient de conserver, à proximité des espaces de vie, un endroit consacré à la mémoire de ceux qui étaient partis.
Prendre soin des morts, c’est aussi affirmer notre humanité.
« S'occuper des morts, c'est un comportement qui dit quelque chose de l'humanisation. C'est prendre conscience des émotions qui sont les nôtres », poursuit le spécialiste.
Entretenir le souvenir, donner un lieu précis à la mémoire : la sépulture devient alors un espace de lien entre les vivants et les disparus. Là « où le corps ou l’âme, selon les croyances, trouvent un lieu où on peut penser à eux », complète le Professeur Tarquinio.
Le lien social est l'un des piliers des obsèques.
Des motivations multiples
Un enjeu sanitaire
L’enterrement a d’abord une fonction sanitaire. Il permet en effet d’éviter la propagation de maladies liées à la décomposition des corps, il les protège contre les animaux charognards et évite les odeurs et la contamination des sources d'eau et de l'environnement immédiat.
Un acte social
Sur le plan social, l’inhumation marque le passage entre le monde des vivants et celui des morts. Le cimetière devient un lieu de rassemblement, de mémoire et de transmission. Les rites funéraires créent du lien et aident à faire le deuil.
Une dimension spirituelle
Enfin, enterrer nos morts est un geste de respect et de continuité spirituelle. Selon les croyances, l’inhumation peut symboliser la préparation à la résurrection, à la réincarnation ou au repos éternel. Avec l’arrivée du christianisme, l’enterrement a pris une importance particulière : le corps, promis à la résurrection, ne devait pas être brûlé. Les chrétiens voulaient être enterrés au plus près du lieu de Dieu, expliquant la proximité des cimetières avec les églises.
Un espace saturé
En France, on compte aujourd’hui 43 717 cimetières, selon l’organisme privé Cimetières de France. Pourtant, de nombreuses communes sont à court d’espace : trois cimetières sur cinq sont saturés en milieu rural, et les deux autres sont occupés à près de 90 %.
À Paris, la situation est particulièrement compliquée : 5 000 demandes de concessions sont déposées chaque année, pour seulement 150 places disponibles intra-muros.
Certaines collectivités réduisent donc la durée des concessions. Les concessions funéraires de plus de 30 ans laissées à l'abandon (soit 10 ans après la dernière inhumation) peuvent être reprises par les mairies.
En revanche, selon le code général des collectivités territoriales, la commune a l'obligation de fournir, gratuitement, une sépulture en terrain commun, pour une durée minimale de 5 ans.
La montée de la crémation
Aujourd'hui, plus de 4 Français sur 10 choisissent la crémation.
Face à ce manque de place et à l’évolution des mentalités, la crémation connaît un essor constant. En 1980, elle ne représentait qu’1 % des obsèques en métropole.
Cette proportion est passée à 10 % en 1993, à 36 % en 2016, et à plus de 40 % aujourd’hui, selon une étude de l’Ifop réalisée en 2023.
À noter que les personnes sans appartenance religieuse y ont davantage recours.
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