- Accueil
- Guides et conseils
-
Cyril Tarquinio : le deuil, « une lente reconfiguration du monde intérieur »
Cyril Tarquinio : le deuil, « une lente reconfiguration du monde intérieur »
- Mis à jour le 06 nov. 2025
À la fois roman graphique et précis scientifique, « Vivre ! » (Édition DunodGraphic) relate l’histoire de Julie, mère de famille endeuillée par la soudaine disparition de son mari. Une épreuve qui va la conduire à entamer une psychothérapie au Centre Pierre-Janet à Metz.
Un ouvrage à la fois roman graphique et précis scientifique.
Psychologue et psychothérapeute, Cyril Tarquinio cosigne avec Marc-Antoine Deroubaix et Hector « Vivre ! Comment faire face au deuil ? », un ouvrage mêlant fiction (un roman graphique) et réflexions scientifiques sur le deuil.
Au cœur du sujet, l’acceptabilité sociale de cette réalité par une société hédoniste « éprouvant de moins en moins de patience et d’empathie face aux enjeux de santé mentale ». « La société attend souvent une guérison rapide alors que l’endeuillé apprend simplement à intégrer l’absence dans le tissu même de son être. »
Professeur de psychologie clinique et fondateur du Centre Pierre-Janet, à Metz, qu’il dirige, Cyril Tarquinio observe les évolutions du rapport de l’individu à la mort et souligne la grande hétérogénéité des réactions face au deuil, qu’il qualifie de « traversée intérieure ».
« C’est une traversée qui transforme la personne. Un processus qui échappe à toute linéarité et dessine une cartographie émotionnelle sinueuse », note le thérapeute en évoquant « une lente reconfiguration du monde intérieur » : « Le deuil ne se termine jamais véritablement, change de forme et d’intensité devenant progressivement une partie de l’identité de la personne. »
Vidéo. - Cyril Tarquinio : pourquoi enterrons-nous nos morts ?
A lire aussi
Comprendre le deuil traumatique : quelles sont les thérapies pour le surmonter ?
Pourquoi enterrons-nous nos morts ? Entre tradition, croyance et nécessité
« Avancer malgré tout »
Cyril Tarquinio le constate, « dans leur immense majorité, les deuils se résolvent un peu à la manière d’une plaie cicatrisant ». Reste le cas des « deuils traumatiques » parmi lesquels l’auteur recense notamment les suicides, la mort d’un enfant, un accident - « tout ce qui vient briser l’ordre du monde ».
Le Républicain Lorrain, Gilles Wirtz
Pour Julie, l’héroïne du roman graphique, le décès de Mathieu, le père de ses enfants, d’un cancer du pancréas constitue un séisme qu’elle ne parvient pas à surmonter seule.
La quadragénaire finit par être mise sur la voie du Centre Pierre-Janet où elle se résout à consulter un psychothérapeute qui lui suggère une thérapie d’un type particulier qu’il estime en l’espèce la plus adaptée. « Pour les deuils compliqués, nous avons des outils », assure Cyril Tarquinio, qui incarne, dans la BD, le psychologue qui vient en aide à Julie.
Cyril Tarquinio : peut-on mourir de chagrin ?
De nouvelles approches
Pour cette dernière, le salut passe par une psychothérapie connue sous l’acronyme anglais de EMDR (Eye movment desensitization and reprocessing).
Une psychothérapie par mouvement oculaire qui cible les mémoires traumatiques des individus.
Pour les deuils compliqués, nous avons des outils.
Cyril Tarquinio
« C’est une technique bien connue pour le retraitement de ce type de souvenirs. Ce n’est pas la technique qui soigne mais la façon dont le professionnel la manie, son intelligence clinique, sa capacité à comprendre la souffrance et à accompagner Julie sans la brusquer », assure Cyril Tarquinio.
D’autres approches sont possibles, à l’instar de l’hypnose, des thérapies cognitivo-comportementales, de la psychanalyse. Pour d’autres, ce sera le recours à la religion ou la spiritualité comme la philosophie… Autant de voies possibles « pour finalement supporter l’insupportable et avancer malgré tout ».