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Henri Mosson, figure de la Résistance et mémoire du Struthof, s'est éteint à 101 ans
Henri Mosson, figure de la Résistance et mémoire du Struthof, s'est éteint à 101 ans
Henri Mosson, ancien résistant du groupe Morane et doyen des survivants du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, est décédé à Dijon dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 101 ans.
Mis à jour le 30 déc. 2025
C’est une voix essentielle de l’Histoire qui vient de se taire. Henri Mosson, matricule 6290, a consacré la seconde moitié de sa vie à témoigner de l'enfer concentrationnaire pour que "plus jamais ça" ne soit pas une vaine formule. Élu "Dijonnais de l'année 2024" par les lecteurs du Bien Public et promu officier de la Légion d'honneur pour son centenaire, cet homme d’une résilience hors norme a arpenté jusqu'au bout les écoles pour raconter ce que l’humanité peut faire de pire, mais aussi de meilleur.
Vidéo. - Témoignage d'Henri Mosson : à 101 ans, il est l'un des derniers survivants du camp du Natzweiler
De « Raoul Desbois » à l'enfer concentrationnaire
Né le 5 janvier 1924 à Boux-sous-Salmaise, Henri Mosson refuse très tôt la défaite de 1940. Dès janvier 1943, il s'engage activement dans la Résistance au sein du groupe Morane, opérant dans l'Auxois sous le pseudonyme de « Raoul Desbois ». Sa mission : récupérer et cacher des armes issues de la débâcle de l'armée française pour armer le maquis naissant. Mais son action tourne court le 6 mai 1943, lorsqu'il est arrêté par la Gestapo à son domicile, en compagnie de son père.
Pourquoi avait-il été condamné à mort ?
Son crime, aux yeux de l'occupant, était impardonnable : détention d'armes de guerre et actes de résistance. Incarcéré à la prison de Dijon, il subit les interrogatoires brutaux de la Gestapo rue du Docteur-Chaussier sans jamais livrer ses camarades. Jugé par le tribunal militaire allemand, il entend tomber la sentence le 27 juin 1943 : la mort. Mais le destin en décide autrement. Sa peine est commuée en déportation, le précipitant vers une autre forme de mort lente.
Le 26 novembre 1943, il arrive au camp de Natzweiler-Struthof, le seul camp de concentration nazi situé sur l'actuel territoire français, en Alsace annexée. Il y découvre l'horreur absolue des conditions de détention, le travail forcé et la déshumanisation systématique.
En sa mémoire
43 hommages
Pour rendre hommage à Monsieur Henri MOSSON, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommage« Nuit et Brouillard » : survivre à l'effacement
Que signifie le statut « Nuit et Brouillard » dont il a été victime ?
À son arrivée au camp, Henri Mosson reçoit le matricule 6290 et se voit classé « NN » (Nacht und Nebel). Ce décret nazi visait à faire disparaître les opposants politiques sans laisser de trace, coupés de tout contact avec le monde extérieur, sans courrier ni colis. Ce statut, conçu pour terroriser les populations occupées, le vouait à une mort silencieuse par l'épuisement. Il a pourtant survécu à l'enfer du Struthof, puis aux transferts successifs vers les camps de Dachau et d'Allach, soutenu par une solidarité indéfectible entre déportés.
Lorsqu'il est libéré par les troupes américaines le 30 avril 1945 à Allach, Henri Mosson est un spectre. Il ne pèse plus que 38 kilos. Le typhus et la dysenterie ont ravagé son corps, mais n'ont pas eu raison de son esprit. Son retour à la vie civile sera long et douloureux.
Une vie reconstruite sur le devoir de mémoire
Après la guerre, Henri fait le choix de la vie. Il retrouve sa Bourgogne natale, épouse Raymonde – celle qui était venue le chercher à son retour – et fonde une grande famille qui comptera quatre enfants, six petits-enfants et dix arrière-petits-enfants. Professionnellement, il mène une carrière modeste mais digne, travaillant notamment comme chauffeur-livreur, prouvant que la reconstruction est possible même après l'abîme.
Quand auront lieu ses obsèques ?
Ses obsèques religieuses se tiendront en l'église de l'Assomption de Marsannay-la-Côte, commune où il résidait depuis de nombreuses années. Si la date exacte n'a pas encore été officialisée par sa famille, la cérémonie rassemblera, outre ses proches, de nombreux représentants du monde combattant et des autorités civiles, venus saluer une dernière fois la mémoire de ce héros discret.
Quel message a-t-il transmis jusqu'à la fin ?
Si Henri Mosson a longtemps gardé le silence, il a fini par prendre la parole pour ne plus jamais la lâcher. Devenant un pilier du devoir de mémoire en Côte-d'Or, il a multiplié les rencontres avec les collégiens et lycéens, leur racontant son histoire sans haine mais avec une exigence de vérité absolue.
La liberté n'est chère qu'à ceux qui l'ont perdue.
Henri Mosson
Répétait-il inlassablement, une phrase qu'il avait gravée sur les murs de sa cellule à Dijon. Son ouvrage Ma déportation, publié en 2025, restera comme l'ultime pierre de cet édifice mémoriel.
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