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André Chandernagor, architecte de la Ve République et figure politique de la Creuse, s'éteint à 104 ans
André Chandernagor, architecte de la Ve République et figure politique de la Creuse, s'éteint à 104 ans
André Chandernagor, ancien ministre des Affaires européennes sous François Mitterrand et premier président de la Cour des comptes, s'éteint le 18 novembre 2025 à son domicile d'Aubusson, dans la Creuse, à l'âge de 104 ans.
Mis à jour le 19 nov. 2025
Né le 19 septembre 1921 à Civray dans la Vienne, ce haut fonctionnaire et homme politique socialiste a marqué l'histoire institutionnelle française en participant activement à l'élaboration de la Constitution de 1958, notamment en concevant le célèbre article 49.3. Député de la Creuse pendant 23 ans, président du conseil général puis du conseil régional du Limousin, André Chandernagor incarne la figure de l'élu enraciné qui n'a cessé d'œuvrer pour le développement de son territoire tout en rayonnant sur la scène internationale.
Un parcours d'excellence : de Civray à l'ENA
André Chandernagor naît dans une famille modeste de la Vienne où son père dirige une affaire de coutellerie. Élève brillant, il cumule les prix d'excellence à l'école communale et obtient son baccalauréat avec mention bien. En octobre 1940, il intègre l'École nationale de la France d'outre-mer au lycée Henri-IV à Paris, formation rendue possible grâce à une bourse qui lui permet de payer sa chambre d'hôtel. Le 1er août 1943, il devient élève administrateur des services civils de l'Indochine, première étape de son entrée dans l'administration française.
En 1944, André Chandernagor adhère à la SFIO et découvre la politique en 1946 comme attaché au cabinet de Marius Moutet, ministre de la France d'outre-mer. Il intègre ensuite l'École nationale d'administration (promotion « Europe », 1950-1952), dont il sort major, et rejoint le Conseil d'État en décembre 1951. Nommé maître des requêtes en 1957, il devient rapidement un spécialiste reconnu du droit public.
Artisan de la Ve République : la naissance du 49.3
En 1956-1957, André Chandernagor travaille aux côtés de Guy Mollet, président du Conseil, dont il devient conseiller technique. À ce titre, il participe activement aux réflexions sur la réforme constitutionnelle destinée à pallier les dysfonctionnements de la IVe République. C'est dans ce contexte qu'il conçoit l'article 49.3, mécanisme permettant au gouvernement d'engager sa responsabilité sur un texte de loi.
En sa mémoire
2 hommages
Pour rendre hommage à Monsieur Andre CHANDERNAGOR, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageVidéo. - C'est quoi le 49.3 ?
Il faut absolument qu'on puisse faire adopter une loi sans être contraint à un vote exprès du Parlement sinon le gouvernement n'obtiendra pas les lois essentielles à l'exercice de sa politique et tombera.
Guy Mollet
Argumente notamment Guy Mollet selon le témoignage d'André Chandernagor.
Cette contribution majeure à la Constitution de 1958 fait de lui l'un des « pères fondateurs » d'un dispositif qui demeure au cœur du fonctionnement institutionnel français. En 2022, interrogé sur cet héritage, André Chandernagor défend fermement cet article conçu comme « antidote » de l'instabilité gouvernementale chronique de la IVe République.
L'homme fort de la Creuse : enracinement et développement territorial
L'entrée en politique active d'André Chandernagor s'effectue en 1953 avec son élection comme maire de Mortroux, commune d'origine de son épouse Odette. En novembre 1958, il est élu député socialiste de la Creuse, siège qu'il conserve jusqu'en juin 1981, établissant le record de longévité dans la représentation de ce département à l'Assemblée nationale avec 23 années consécutives. De 1967 à 1968, il occupe le poste de vice-président de l'Assemblée nationale.
En 1961, André Chandernagor entre au conseil général de la Creuse en représentant le canton de Bourganeuf. Son ascension devient alors continue : en 1973, il est élu président du conseil général de la Creuse, puis président du conseil régional du Limousin en 1974, cumul de mandats qui fait de lui « l'homme fort du département » pendant plus d'une décennie. Durant ces mandats, il démontre sa qualité d'aménageur du territoire en se battant notamment pour la Route Centre-Europe Atlantique (RCEA), axe stratégique reliant l'océan Atlantique à l'Europe centrale, projet qu'il défend inlassablement aux côtés du maire de Mâcon Louis Escande.
Comment conjuguer carrière nationale et engagement local en Creuse ?
André Chandernagor choisit délibérément de s'enraciner en Creuse au début des années 1970, transformant un revers politique en opportunité de bâtisseur territorial pour un département sinistré par l'exode rural.
Quel rôle joue l'article 49.3 dans l'équilibre institutionnel de la Ve République ?
Conçu comme mécanisme de stabilité gouvernementale, ce dispositif permet à l'exécutif d'exercer effectivement sa politique en évitant l'instabilité paralysante qui caractérisait la IVe République.
Comment expliquer la longévité politique exceptionnelle d'André Chandernagor jusqu'à 104 ans ?
Sa trajectoire illustre un engagement public constant : même centenaire, il préside en 2017 le comité de soutien à Jean-Baptiste Moreau aux élections législatives, témoignage d'une passion politique inaltérable.
Ministre et président de la Cour des comptes
Après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, André Chandernagor entre au gouvernement comme ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé des Affaires européennes, dans les trois gouvernements successifs de Pierre Mauroy (1981-1983).
En 1983, à sa demande, il quitte le gouvernement pour occuper la fonction de premier président de la Cour des comptes, poste qu'il conserve jusqu'en 1990. Il modernise profondément cette institution, tant dans son bâti que dans son fonctionnement, démontrant ses capacités de réformateur au service de l'État.
Rayonnement international et vie privée
André Chandernagor exerce une influence considérable sur la scène internationale en tant que président du Conseil de l'Union interparlementaire de 1968 à 1973. Il épouse Odette, commerçante originaire de Mortroux qui tenait un café à Aubusson, qui l'accompagne fidèlement durant toute sa carrière. Le couple a trois enfants, dont leur fille Françoise Chandernagor devient la première femme à sortir major de l'ENA en 1969, avant de connaître le succès littéraire en tant qu'académicienne Goncourt. Leur fils Thierry suit les traces paternelles en devenant à son tour président du conseil général de la Creuse et maire de Mortroux.
Héritage et consécrations
Auteur de plusieurs ouvrages de référence :
- Un Parlement pour quoi faire ? - (1967)
- Réformer la démocratie - (1977)
- Les Maires en France - (1993)
André Chandernagor laisse une œuvre intellectuelle substantielle témoignant de sa passion pour les institutions républicaines. En janvier 2022, le président Emmanuel Macron l'élève à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. En septembre 2023, un buste à son effigie est dévoilé à Aubusson à l'âge de 102 ans.
Après la mort d'André Fanton le 19 juin 2025, André Chandernagor était devenu le dernier député de la Ire législature de la Ve République encore en vie, ultime témoin d'une époque fondatrice. Son décès marque la fin d'un siècle d'engagement républicain, d'excellence au service de l'État et de fidélité indéfectible à un territoire rural qu'il n'a cessé de défendre et d'aménager.
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