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La mort de la résistante et ethnologue française Germaine Tillion

Germaine Tillion était connue pour son engagement dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et pour ses travaux en ethnologie, notamment ses recherches sur les populations berbères en Algérie. Elle est décédée le 19 avril 2018 à Saint-Mandé, à l'âge de 100 ans. 

AureCou, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

AureCou, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mis à jour le 11 mars 2025

Germaine Tillion est née le 30 mai 1907 à Allègre en Haute-Loire. Elle est également connue sous son nom marital, Émilie Tillion. Elle a une sœur nommée Françoise, née en 1909. Issus de familles bourgeoises républicaines et catholiques, ses parents sont tous deux issus de lignées notables, avec des origines familiales liées au droit à Charolles du côté paternel et à Alleuze (Cantal) du côté maternel.

Son père exerce la fonction de juge de paix à Allègre en 1907, mais il consacre également du temps à ses diverses passions telles que la musique, l'archéologie, la photographie, la chasse et la vie rurale. Dès l'âge de huit ans, Germaine est placée en pension avec sa sœur Françoise à l'institution Jeanne d'Arc de Clermont-Ferrand, où elle poursuit sa scolarité de l'instruction primaire au lycée, pendant la Première Guerre mondiale.        

Vidéo.- Germaine Tillion, une ethnologue dans les camps

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En 1922, les parents de Germaine Tillion s'installent à Saint-Maur, dans la maison de ses grands-parents maternels, François Cussac et Marie-Antoinette Vivier. Ils travaillent chez Hachette à la rédaction des Guides bleus et d'autres ouvrages touristiques. Après le décès de son mari, Émilie Tillion continue cette activité seule.

Les débuts ethnologiques de Germaine Tillion

Après avoir obtenu son baccalauréat en 1925, Germaine Tillion poursuit des études diversifiées, notamment en archéologie à l'École du Louvre, préhistoire, histoire des religions, égyptologie, folklore français et celtique, et surtout en ethnologie qui la passionne. À partir de 1928, elle se concentre sur l'ethnologie sous la direction de Marcel Mauss à l'EPHE et entre en contact avec Louis Massignon. En 1932, elle effectue un séjour en Prusse-Orientale où elle observe les premiers signes du nazisme. En 1934, elle se voit proposer une mission dans l'Aurès pour étudier l'ethnie berbère des Chaouis, malgré sa méconnaissance initiale du sujet, elle apprend la langue berbère à l'École des langues orientales.        

En sa mémoire

Pour rendre hommage à Madame Germaine TILLION, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.

Rendre hommage

La majorité d'entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix, et dangereux à la moindre crise.

Une mission en solo

Germaine Tillion mène une mission en solo dans l'Aurès après avoir accompagné Thérèse Rivière en 1935-1936. Elle poursuit ses recherches dans la "commune mixte de l'Aurès", collectant des contes et légendes dans la région de Menaa avant de s'installer chez les Ouled Abderrahmane à Kebach, dans des lieux très isolés.

Étude ethnographique dans le douar Tadjemout

Germaine Tillion étudie le douar Tadjemout, situé dans la commune d'El Mizaraa, wilaya de Biskra, où résident les arch Beni Melkem et Ouled Abderrahmane. Le caïd, responsable du douar, est un ancien serviteur du sous-préfet, assisté d'un secrétaire. L'ordre social repose sur les normes traditionnelles et l'autorité des sages de la tribu. Les Ouled Abderrahmane sont des agriculteurs éleveurs transhumants, avec un grenier collectif à Kebach pour stocker les récoltes. En 1936, ils sont au nombre de 779, constituant le sujet de sa future thèse, "Une République du sud-aurésien".

Vidéo.- A Orléans, les clichés de l'ethnologue Germaine Tillion dans l'Algérie des années 30

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Conscience précoce des tensions raciales en Algérie

Germaine Tillion, tout en initiant ses recherches ethnographiques en Algérie dans les années 1930, prend conscience des tensions raciales existantes entre Français et Algériens. Des rencontres avec des intellectuels algériens et des incidents de racisme à Biskra l'ouvrent à ces réalités. Elle anticipe les défis sociaux à venir en Algérie et en témoigne lors de conférences à Paris en 1938, à la demande de figures académiques et militaires.      

Vidéo.- Le racisme est un instinct de mort selon Germaine Tillion | Archive INA

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Germaine Tillion dans la résistance

Après la fin de sa mission en Algérie en mai 1940, Germaine Tillion retourne à Paris pendant l'exode de l'armée française. Choquée par le discours de Pétain du 17 juin, elle refuse catégoriquement de cesser le combat. Elle s'engage dans la résistance, collaborant avec des figures telles que Paul Hauet et Boris Vildé. Leur réseau vise à soutenir les prisonniers de guerre, recueillir des renseignements militaires et diffuser de la propagande. Malheureusement, le réseau est démantelé en 1941, entraînant des arrestations et des exécutions. Germaine Tillion prend alors la responsabilité de ce qui reste du réseau.

Vidéo.- Au cœur de l'Histoire : Germaine Tillion (Récit intégral)

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Déportation et résistance

Germaine Tillion est déportée au camp de Ravensbrück en octobre 1943. Malgré les conditions extrêmement difficiles, elle utilise son temps pour comprendre le monde carcéral. Elle écrit une opérette clandestine sur sa détention. Grâce à une mise à l'infirmerie et à des complicités, elle évite un transport vers Mauthausen. Une tentative de négociation de son sort par Himmler survient plus tard.      

Après des négociations avec Heinrich Himmler et le diplomate suédois Folke Bernadotte, Germaine Tillion fait partie d'un groupe de détenues évacuées par la Croix-Rouge suédoise en avril. Elles sont emmenées au Danemark puis en Suède, où elles reçoivent des soins médicaux. Pendant son séjour à Göteborg, Germaine Tillion commence à enquêter sur le camp de Ravensbrück à travers un questionnaire, constituant ainsi une partie importante de ses travaux de recherche ultérieurs.

Vidéo.- Germaine Tillion -La résistance en 1940

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Engagement et recherche : après la Seconde Guerre mondiale

Après son retour en France en juillet 1945, Germaine Tillion réintègre le CNRS mais change de section pour travailler dans l'histoire contemporaine, se concentrant sur l'enquête des crimes de guerre nazis. Elle écrit son premier texte sur les camps pendant un séjour en Suisse. Membre de l'ADIR et de l'Amicale de Ravensbrück, elle assiste en tant qu'observatrice au procès des criminels nazis à Hambourg.

Reconnue pour son engagement dans la Résistance, elle est promue au grade de commandant et est chargée de la liquidation du réseau « groupe Hauet-Vildé », renommé par la suite « groupe du musée de l'Homme ». Elle souligne l'urgence de la Résistance et son rôle dans l'organisation des évasions, l'information de la population et le soutien aux forces alliées.

En 1950, elle rejoint la Commission internationale contre le régime concentrationnaire de David Rousset, initialement axée sur les camps soviétiques mais s'élargissant par la suite à d'autres lieux. Son engagement dans la recherche sur la Seconde Guerre mondiale prend fin avec les événements de novembre 1954 en Algérie.

L’asservissement ne dégrade pas seulement l’être qui en est victime, mais celui qui en bénéficie.

Témoignage sur les débuts de la guerre d'Algérie

Germaine Tillion est sollicitée par Louis Massignon suite aux événements du 1er novembre 1954 en Algérie, marquant le début de la guerre. François Mitterrand lui accorde une mission d'observation de trois mois dans le département de Constantine, principalement dans l'Aurès. Là-bas, elle constate des changements significatifs depuis sa dernière visite, notamment la dégradation des conditions de vie des habitants, la déstructuration sociale, et l'émergence de bidonvilles autour des grandes villes. Elle insiste sur l'importance de l'éducation et de la formation professionnelle pour les jeunes ruraux algériens.

Une voix dans la bataille d'Alger

En juin 1957, au cours de la "bataille d'Alger" qui sévit depuis cinq mois, David Rousset sollicite auprès de Guy Mollet une autorisation pour visiter les lieux de détention en Algérie. Cinq personnes, dont Germaine Tillion et Louis Martin-Chauffier (qui n'ont pas pour mission de rédiger le rapport), ainsi que trois étrangers, sont envoyées en mission. Cette dernière s'étend du 18 juin au 3 juillet.

Germaine Tillion a un entretien secret avec Yacef Saâdi le 4 juillet 1957, à Alger, où ce dernier s'engage à mettre fin aux attentats aveugles en échange de l'arrêt des exécutions capitales. De retour à Paris, elle rencontre André Boulloche le 8 juillet pour organiser une nouvelle rencontre avec un membre du CCE du FLN. Le 9 août, elle revoit Yacef Saâdi en présence de Zohra Drif. Saâdi est arrêté le 22 septembre, et Tillion tente de le faire transférer à la justice civile. Lors de son procès en juillet 1958, elle témoigne en sa faveur, et il est gracié par de Gaulle en 1959. Son témoignage, publié en 1958, suscite des critiques auxquelles elle répond publiquement en 1964 et 1971. Yacef Saâdi était présent lors de sa panthéonisation en mai 2015 et était à son chevet une semaine avant sa mort en avril 2008.

Ses médailles

En 1977 : Prix mondial Cino Del Duca

En 1999 : Grand-croix de la Légion d'honneur

Grand-croix de l'ordre national du Mérite  

Croix de guerre 1939-1945

 Médaille de la Résistance française, avec rosette

Médaille de la déportation pour faits de Résistance de par son statut de « déporté résistant ».  

En 2004 : Croix de commandeur de l'ordre du Mérite

En 2010 : Grand Prix national de l'humour de Résistance, attribué à titre posthume par l'association La Maison du Rire et de l'Humour à Cluny

La vigilance contre le mal et les défis du XXIe Siècle

Germaine Tillion souligne l'importance de rester vigilant face au mal qui peut resurgir à tout moment. Pour elle, le nazisme incarne le mal.

Elle est convaincue que la haine entre deux communautés découle souvent d'un manque d'espace, et estime que le défi du XXIe siècle est de garantir la survie d'une humanité toujours croissante sur une planète aux ressources limitées, une prise de conscience à laquelle l'humanité commence à peine à adhérer.        

Après mon parcours, je réalise à quel point l'homme est fragile et influençable. Rien n'est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être constant. Le mal peut surgir à tout moment, il est latent partout et nous devons agir avant qu'il ne soit trop tard pour éviter le pire.

Germaine Tillion rentrent au Panthéon

Germaine Tillion rentrent au Panthéon

Son entrée au Panthéon

En préparation de son entrée au Panthéon le 27 mai 2015, la famille a décidé de préserver sa sépulture au cimetière Condé. Ainsi, le 13 mai 2015, de la terre a été prélevée sur sa tombe. Lors de cet événement, en présence d'Émilie Sabeau-Jouannet, la nièce de Germaine Tillion, de Sylvain Berrios, député-maire de Saint-Maur, et de nombreux représentants associatifs, une plaque commémorative dédiée à sa mère, Émilie Tillion (décédée à Ravensbruck), a été dévoilée et apposée sur sa tombe.

Des discours ont été prononcés pour marquer l'importance de cet acte, et des témoignages ont été partagés.        

À titre posthume, en 2009, la Maison du Rire et de l'Humour de Cluny lui a attribué son troisième Prix de l'Humour de Résistance.

Quelle est la cause de son décès ?

Elle décéde le 19 avril 2008 à son domicile de Saint-Mandé dans le Val-de-Marne, dans sa 101e année.

Où ont eu lieu ses funérailles ?

Ses obsèques se sont déroulées dans la paroisse du Saint-Esprit, située dans le 12e arrondissement de Paris, le 24 avril 2008. C'est au même endroit, que Germaine Tillion avait l'habitude de commémorer la mort de sa mère tuée au camp de Ravensbrück en mars 1945.

Près de 1000 personnes ont assisté à ses obsèques, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, président de la République française à l'époque, et cinq ministres. La cérémonie a été présidée par le père Alain-Christian Leraitre, en présence de l'abbé Jean Kammerer, aumônier des déportés.

Où repose-t-elle ?

Elle a été enterrée dans le cimetière Condé, de la ville de Saint-Maur-des-Fossés. 

Les hommages réalisés pour la résistante Tillion

En 2008 : Le Musée de l'Homme lui a consacré une exposition intitulée « Germaine Tillion : Ethnologue et résistante » =

En 2010 : La Compagnie Lanicolacheur a créé un spectacle intitulé "Il était une fois Germaine Tillion", au théâtre de la Criée de Marseille.

Le 21 février 2014, le président François Hollande annonce le transfert de sa dépouille au Panthéon aux côtés des résistants Pierre Brossolette et Geneviève de Gaulle ainsi que de l'ex-ministre Jean Zay.

En 2015 : Des expositions-hommages à Germaine Tillion ont été présentées par le musée de la Résistance et de la Déportation, ainsi que par le musée comtois de la citadelle de Besançon.