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La disparition de la résistante Mélinée Manouchian
La disparition de la résistante Mélinée Manouchian
Mélinée Manouchian, une figure marquante de la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, aux côtés de son époux Missak Manouchian, est décédé le 6 décembre 1989 à Fleury-Mérogis, en France. Elle avait 76 ans.
Unknown photographer, Public domain, via Wikimedia Commons
Mis à jour le 04 juil. 2024
Mélinée Manouchian est venue au monde le 13 novembre 1913 à Constantinople (Empire ottoman), dans une famille ottomane aisée mais perd ses parents lors du génocide arménien alors qu'elle est encore très jeune.
Elle et sa sœur sont recueillies par une mission protestante à Smyrne. Après la guerre gréco-turque, elle est déportée à Thessalonique lors de la « Grande Catastrophe d'Asie Mineure ».
Elle devient réfugiée en Grèce sous protectorat anglo-français et est placée dans un orphelinat à Corinthe. Là, elle est élevée dans des conditions difficiles, souffrant souvent de la faim.
Son arrivée en France
À la fin de 1926, Mélinée Soukémian, renommée définitivement Assadourian par erreur administrative, est envoyée en France avec sa sœur Armène pour poursuivre leurs études à Marseille, où de nombreux réfugiés arméniens ont débarqué.
Mélinée intègre l'école Tebrotzassère à Paris, où elle reçoit une éducation axée sur la langue et la culture arméniennes. En 1929, elle déménage à Raincy avec son école. Elle y obtient son certificat d'études avec mention.
Par la suite, elle se forme en secrétariat et en sténo-dactylographie, tandis que sa sœur se lance dans la couture. Mélinée s'installe à Paris et loue une chambre dans le même immeuble que Seropé Papazian, qui a des liens familiaux avec les Aznavourian.
Elle devient proche de cette famille et accompagne les enfants Aznavourian lors de leurs premières performances radiophoniques en 1935. En 1933, Mélinée atteint sa majorité et relève de l'Office des réfugiés arméniens.
Engagés pour la Liberté
En 1934, Mélinée Assadourian, âgée de vingt-deux ans, rencontre Michel Manouchian, six ans son aîné, lors de la fête annuelle de la Section française du Comité de secours pour l'Arménie (HOG), liée à la république socialiste soviétique d'Arménie.
Leur attachement commun à la culture française et à ses idéaux les pousse à s'engager, notamment en adhérant au Parti communiste français face à la montée des fascismes, amplifiée par la crise du 6 février 1934.
En juillet 1935, ils occupent des postes importants au sein du HOC, Mélinée en tant que déléguée de la section de Belleville et Michel comme secrétaire général adjoint.
Leur mariage intervient le 22 février 1936, après l'obtention du « certificat de coutume en vue de mariage » requis pour les apatrides. En 1937, ils s'installent ensemble, dans le XIVe arrondissement de Paris.
En sa mémoire
1 hommage
Pour rendre hommage à Madame Mélinée MANOUCHIAN, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageQui étaient Missak et Mélinée Manouchian, résistants arméniens ?
La dissolution du HOC à la fin de l'année, suite aux purges staliniennes, les amène à fonder l'Union populaire franco-arménienne, orientant leur action militante vers l'international.
Le couple Manouchian, proche d'Arpen Tavitian et d'André Marty, s'engage activement pour la défense de la République espagnole pendant la guerre civile. Bien que Michel soit empêché de rejoindre les Brigades internationales, leur contribution se manifeste par la collecte de fonds auprès des associations arméniennes, aboutissant à un million de francs remis au Comité d'aide aux Républicains espagnols.
Leur revue, Zangou, joue un rôle crucial en sensibilisant et mobilisant l'opinion publique française à travers des analyses, des témoignages de brigadistes et des appels à l'engagement volontaire.
Engagements et résistances
Juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, Missak Manouchian est emprisonné en raison de ses sympathies pour l'Union soviétique. Mélinée Manouchian, elle, se voit refuser un masque à gaz, réservé aux seuls Français.
Le gouvernement interdit tout organisme affilié au Parti communiste français, y compris l'Union populaire franco-arménienne dirigée par les Manouchian. Pour échapper à la prison, Missak signe un acte d'engagement volontaire contre les directives du Parti, et se rend ensuite à une base militaire pour entraîner des recrues.
Mélinée, quant à elle, brûle les archives de l'UPFA pour éviter des arrestations potentielles, alors que des lois autorisent l'incarcération immédiate des communistes français. En conséquence, Mélinée et d'autres entrent dans la clandestinité.
Le courage de Mélinée Manouchian
Après une séparation de dix-sept mois, Mélinée retrouve son mari, Missak Manouchian, en janvier 1941, alors qu'il quitte son poste dans une usine d'armement à Arnage pour rejoindre Rouen. Cependant, leur réunion est de courte durée, car Missak est arrêté par le SD dès son retour à Paris, soupçonné d'intelligence avec l'URSS, nouvel ennemi de l'Occupant, suite à la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941.
Mélinée échappe de justesse à une rafle et découvre que son mari est détenu au camp de Royallieu près de Compiègne. Avec l'aide du père Klépinine et de mère Marie Skobtsova, elle participe à un comité d'aide aux détenus de Compiègne, leur apportant nourriture et vêtements. Quelques semaines après l'arrestation, elle se rend au camp avec une valise de provisions, mais est refoulée à l'entrée. Malgré cela, elle brave les tirs des miradors pour échanger quelques mots avec son mari, reconnaissable par le chandail jaune qu'elle lui avait tricoté.
Missak et moi étions deux orphelins du génocide. Nous n’étions pas poursuivis par les nazis. Nous aurions pu rester cachés, mais nous ne pouvions pas rester insensibles à tous ces meurtres, à toutes ces déportations de Juifs par les Allemands, car je voyais la main de ces mêmes Allemands qui encadraient l’armée turque lors du génocide arménien.
Résistance et complicité, dans l'ombre de la guerre
Après la libération de Michel Manouchian à la fin de décembre 1941, le couple Manouchian déménage dans un nouvel appartement, dans le XIVe arrondissement, pour renforcer leur clandestinité.
Pendant treize mois, ils s'impliquent dans les actions de propagande du syndicat Main-d'œuvre immigrée (MOI), sous la direction d'Arthur London puis de Simon Cukier et Franz Marek. Ces actions, connues sous le nom de « Travail allemand », visent à faciliter la désertion des soldats de la Wehrmacht et à soutenir la résistance anti-hitlérienne.
Mélinée Manouchian joue un rôle crucial en dactylographiant des tracts et en transmettant des messages secrets, bénéficiant de la perception que les femmes sont moins suspectes lors des déplacements. Les réunions se déroulent dans leur appartement, qui devient un centre d'activité clandestine.
Parallèlement, une filière d'évasion est organisée pour les déserteurs de la Légion arménienne, avec la collaboration du restaurant Chez Raffi et de l'appartement des Aznavourian.
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La femme invisible de la résistance
En février 1943, Mélinée Manouchian rejoint son conjoint dans la résistance armée, malgré ses réticences initiales. Cette décision marque un tournant dans leur engagement. Sous le commandement du colonel Gilles, les Manouchian et leurs camarades des FTP (Francs-tireurs et partisans) MOI, agissent sous la direction du Parti communiste clandestin, notamment du Komintern, jusqu'à une tentative de reprise en main par le Front national en mai 1943.
Mélinée joue un rôle crucial en tant que femme dans la résistance, bénéficiant de la capacité à passer incognito aux yeux de l'Occupant. Elle est chargée de repérer les cibles d'attentats, de noter les réactions du public et de rédiger des comptes rendus.
Même ses neveux sont impliqués, transportant des explosifs sous des légumes. Son amie Knar Aznavourian, la mère de Charles Aznavour, l'aide à transporter des armes dans un landau.
Le danger est omniprésent. En mars 1943, de nombreux FTP MOI sont arrêtés, et Mélinée est interpellée lors d'une rafle en novembre, mais échappe de justesse à une fouille approfondie grâce à une remarque astucieuse.
Malgré les risques, elle implore son mari de ne pas se rendre à un rendez-vous le lendemain, mais il refuse, ne pouvant abandonner les jeunes qu'il a sous ses ordres.
Un combat pour la liberté et la mémoire
Après l'arrestation de Michel Manouchian le 16 novembre 1943, Mélinée Manouchian quitte précipitamment leur appartement et trouve refuge chez les Aznavourian pour échapper à une éventuelle rafle. Elle change d'apparence pour éviter la capture, consciente qu'elle risque la condamnation à mort. Malgré les dangers, elle récupère des documents importants dans différentes caches, notamment des comptes rendus rédigés, qui seront précieux pour l'histoire.
La nouvelle de l'exécution de son mari en février 1944 lui est cachée pendant plusieurs semaines, mais elle reprend finalement son engagement au sein de la Main-d'œuvre immigrée. En mai 1944, elle est envoyée en mission à Thouars pour organiser un réseau local, voyageant clandestinement avec l'aide d'un cheminot.
Elle traduit également des bulletins de liaison en arménien pour les soldats de la Légion arménienne enrôlés dans la Wehrmacht qui rejoignent les FTP pour participer à la libération de plusieurs villes françaises.
Après la Libération, Mélinée confronte Boris Holban, le commissaire politique qui a refusé d'exfiltrer son mari et ses camarades, mais il échappe à l'exécution en plaidant qu'il obéissait à des ordres.
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Son combat post-guerre
Après la guerre, Mélinée Manouchian s'engage activement dans le Front national arménien, qui lutte pour l'obtention de papiers pour les immigrés arméniens en France. Elle travaille au sein du Centre d'action et de défense des immigrés (CADI) et assume le rôle de secrétaire de la Jeunesse arménienne de France (JAF), une association axée sur les échanges culturels et la promotion de la civilisation arménienne auprès des jeunes de la diaspora.
En juillet 1946, elle participe à l'inauguration d'un monument commémoratif en l'honneur des fusillés de l'Affiche rouge au cimetière d'Ivry. Mélinée fait partie des nombreux immigrés naturalisés français en 1946 grâce à un décret obtenu après des négociations politiques intenses, marquant ainsi leur reconnaissance en tant que résistants ou résidents établis depuis 1939.
Elle publie également un recueil des poèmes écrits en arménien par son défunt mari, Missak Manouchian, et contribue à perpétuer sa mémoire à travers des publications annuelles dans La Voix, le journal de la JAF.
Gardienne de l'histoire
Mélinée Manouchian lutte pour obtenir une pension de veuve de guerre, finalement accordée avec vingt ans de retard mais sans la majoration réservée aux veuves d'officiers.
Malgré le succès confidentiel de la chanson de Léo Ferré, "L'Affiche rouge", Mélinée reste largement méconnue. En 1973, son ouvrage est publié en France grâce à l'initiative du poète Rouben Mélik, et en 1975, un foyer de travailleurs migrants portant le nom du Groupe Manouchian est inauguré au Blanc-Mesnil.
Léo Ferré : L'Affiche rouge (Aragon)
En 1976, le film "L'Affiche rouge" est réalisé, où elle est incarnée par Malka Ribowska, mettant en avant la lutte des jeunes résistants de la MOI et établissant une analogie avec les combats contemporains contre les dictatures.
Cette même année, Mélinée participe à la création de l'Amicale des anciens résistants français d'origine arménienne, visant à défendre la mémoire des résistants arméniens.
L'affiche rouge
La dernière lettre d'amour et de résistance de Missak Manouchian
Juste avant son exécution en février 1944, Missak Manouchian à écrit une dernière lettre à sa femme Mélinée. La lettre est un témoignage poignant de son amour pour sa femme et de son engagement envers la lutte contre l'occupation nazie en France.
Lettre à Mélinée de Missak Manouchian par Patrick Bruel
Où et quand est décédée Mélinée Manouchian ?
Elle est décédée le 6 décembre 1989 à Fleury-Mérogis, en France.
À quelle âge est-elle décédée ?
Elle avait 76 ans.
Où repose-t-elle ?
Elle est repose au Panthéon au coté de son mari depuis le 21 février 2024.
Missak Manouchian et ses camarades de la résistance entrent au Panthéon.
Plaque commémorative en hommage à Missak et Mélinée Manouchian au 11 rue de Plaisance à Paris
Des hommages en son honneur
Inauguration d'un foyer de travailleurs migrants nommé "Groupe Manouchian" au Blanc-Mesnil le 21 juillet 1975, en présence de Mélinée Manouchian.
En 1976, le film "L'Affiche rouge" est sorti, dans lequel Mélinée Manouchian est incarnée par l'actrice Malka Ribowska.
En 1986, Mélinée Manouchian a été nommée chevalier de la Légion d'Honneur par décret du président de la République François Mitterrand.
Le 20 mai 1989, au cimetière du Père Lachaise, un monument commémorant les FTP-MOI a été inauguré en présence de Mélinée Manouchian et de la direction du parti communiste français, avec Georges Marchais, secrétaire du PCF, donnant le bras à Mélinée Manouchian.
Sa future entrée au Panthéon aux côtés de son mari, Missak Manouchian.
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