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La mort de la réalisatrice Agnès Varda
La mort de la réalisatrice Agnès Varda
Réalisatrice et photographe française célèbre pour son style cinématographique novateur et son engagement social, souvent associée à la Nouvelle Vague, Agnès Varda est décédée le 29 mars 2019 à Paris. Elle avait 90 ans.
Agnès Varda. Photo Martin Kraft, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Mis à jour le 26 févr. 2025
Agnès Varda est née le 30 mai 1928 à Ixelles en Belgique, d'un père grec et d'une mère française. Sa famille est composée de quatre frères et sœurs.
Une enfance rythmée par la Seconde Guerre mondiale
En raison de la Seconde Guerre mondiale, sa famille quitte la Belgique en mai 1940 pour s'établir à Sète, où elle passe son adolescence sur un bateau amarré au port. Cette période de sa vie est évoquée dans le film "Les Plages d'Agnès", où elle reconstitue brièvement cette scène de son passé. Dans ce film autobiographique, elle révèle qu'elle a été prénommée Arlette en hommage à Arles, ville belge où elle aurait été conçue.
Plus tard, elle choisit le prénom d'Agnès pour honorer les origines grecques de son père. Ce choix a été officialisé lorsqu'elle avait 18 ans. Elle a été membre éclaireuse à la FFE de Sète, où des responsables ont aidé à faire passer en Suisse plusieurs jeunes filles juives pendant la guerre.
En 1943, face à l'avancée des Allemands en zone libre, sa famille quitte Sète pour s'installer à Paris, où elle obtient son baccalauréat. À l'âge de 19 ans, en 1947, elle fugue pendant trois mois pour rechercher son indépendance. Après une préparation minutieuse, elle s'échappe en prenant le train jusqu'à Marseille, puis un bateau jusqu'en Corse, où elle travaille sur des bateaux de pêche.
Vidéo. - Agnès Varda en 7 minutes - Blow Up - ARTE
Le chemin vers l'indépendance
Après sa fugue vers Paris, Agnès Varda poursuit des études à l'École technique de photographie et de cinématographie de l'École Vaugirard, en parallèle avec des cours d'histoire de l'art à l'École du Louvre. Elle décroche son CAP de photographe en 1949, démarrant ensuite sa propre entreprise en tant que photographe indépendante.
En 1951, elle acquiert deux boutiques, les transformant en un studio-laboratoire de photographie. Installée avec sa compagne Valentine Schlegel, elle travaille sur divers projets, collaborant avec les Galeries Lafayette et la Société Nationale des Chemins de Fer Français pour des photographies promotionnelles.
En sa mémoire
9 hommages
Pour rendre hommage à Madame Agnès VARDA, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageVidéo. - Agnès Varda en cinq scènes cultes
Sa carrière dans le milieu artistique démarre lorsqu'elle est engagée par Jean Vilar pour photographier le Festival d'Avignon en 1948, puis au Théâtre National Populaire, dirigé par ce dernier à partir de 1951. Durant cette période, elle croise le chemin du comédien Antoine Bourseiller, avec qui elle entretient une brève liaison.
En mai 1958, elle donne naissance à leur fille, Rosalie Varda, choisissant de l'élever seule et l'enregistrant en tant qu'enfant "né de père inconnu" lors d'un déplacement professionnel d'Antoine Bourseiller. Agnès Varda s'occupe d'abord seule de sa fille, puis partage la responsabilité parentale avec Jacques Demy. Pendant cette période, elle fréquente des artistes renommés comme Calder, Brassaï, Hantaï, entre autres.
Vidéo. - Agnès Varda: La Pointe Courte
Éclats de Vie à travers la Caméra
En été 1954, inspirée par la structure des ''Palmiers sauvages" de William Faulkner, Agnès Varda réalise son tout premier long métrage de fiction, intitulé La Pointe Courte, tourné à Sète avec l'aide de la société Tamaris Film qu'elle a spécialement créée pour l'occasion. Avec un financement coopératif, le film est joué par Philippe Noiret et Silvia Monfort, marquant une étape majeure dans le cinéma. Ce dernier est salué comme un film "libre et pur" par André Bazin, qualifié de "miraculeux" par certains critiques.
Vidéo. - Agnès Varda : les 5 films qui ont marqué sa carrière
C'est considéré comme le prélude d'une nouvelle ère dans le cinéma français, symbolisant une certaine liberté et une approche novatrice, anticipant le mouvement du nouveau cinéma.Sa portée novatrice et sa chronique réaliste ont marqué de nombreux jeunes cinéastes, à l'instar d'Alain Resnais, monteur du film, qui a admis son influence.
Agnès Varda et la Nouvelle Vague
En 1961, elle réalise le film Cléo de 5 à 7, mettant en scène Cléo, une chanteuse interprétée par Corinne Marchand, pendant une heure et demie de sa vie. Le 21 juin 1961, Cléo déambule à Paris entre 17h et 18h30, anxieuse quant à ses résultats médicaux qui pourraient révéler un cancer. Le film est en compétition officielle au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise, remportant les prix Méliès et Fipresci en 1963.
Vidéo. - Agnès Varda - Cléo de 5 à 7
Ce long-métrage marque l'entrée d'Agnès Varda dans la Nouvelle Vague, mouvement qu'elle avait précédemment initié avec La Pointe courte. Par la suite, elle réalise Le Bonheur, son premier film en couleurs, puis Les Créatures. Ces œuvres la positionnent dans les années 1960, comme l'une des pionnières du jeune cinéma français.
Vidéo. - Agnès Varda - Le bonheur (1965)
Contrairement à être associée à la Nouvelle Vague, on la mentionne plutôt aux côtés de réalisateurs tels que Jacques Demy, Chris Marker ou Alain Resnais, faisant référence au cinéma de la Rive gauche, afin de souligner une distinction sociologique (ces cinéastes résidant sur la rive gauche de la Seine) et, surtout, politique.
États-Unis : les voyages d'Agnès Varda
Pendant deux périodes distinctes, Agnès Varda effectue des séjours aux États-Unis. Entre 1968 et 1970, elle accompagne Jacques Demy à Los Angeles, où elle réalise le film hippie-hollywoodien Lions Love et plusieurs courts documentaires, dont Black Panthers en 1968. Pendant ce premier voyage, elle croise la route de Jim Morrison, le chanteur des Doors, qui avait étudié le cinéma à l'UCLA en 1965.
Vidéo. - Le cinéma selon Agnès Varda | Archive INA
Elle a été témoin de sa mort et assisté à ses funérailles au cimetière du Père-Lachaise. Elle fait également la rencontre de Harrison Ford, recommandé par Jacques Demy pour le film Model Shop, mais dont le potentiel a été rejeté par des producteurs qui doutaient de son avenir dans le métier.
Après sa séparation avec Jacques Demy, Agnès Varda retourne à Los Angeles entre 1979 et 1981. Elle y réalise un documentaire marquant sur les fresques murales des habitants Chicanos, intitulé Mur murs. Elle tourne aussi une fiction appelée Documenteur, inspirée de sa vie à Venice, dans laquelle elle fait jouer son fils Mathieu Demy.
Vidéo. - Mur murs (1981) Bande Annonce VF
Le cinéma militant d'Agnès Varda
En 1972, portée par son ambition de réaliser un film militant sur les droits des femmes intitulé Mon corps est à moi avec Delphine Seyrig, Agnès Varda, engagée dans les mouvements féministes, signe le manifeste des 343. Cependant, ce projet ne voit pas le jour. L'idée initiale se concrétise finalement dans L'une chante, l'autre pas sorti en 1977, un film féministe optimiste abordant la lutte pour le droit à l'avortement.
Pendant sa grossesse avec Mathieu, elle soutient activement ce droit et, dans son documentaire Les Plages d'Agnès, révèle avoir mis à disposition sa maison à deux reprises pour des avortements clandestins. En 1983, elle fait partie du jury des longs métrages du 40ème Festival de Venise.
Vidéo. - Agnès Varda et le féminisme
En 1985, Sans toit ni loi, avec Sandrine Bonnaire en tête d'affiche, lui vaut le Lion d'or à la Mostra de Venise, devenant ainsi son plus grand succès en salle. En 1987, Agnès Varda explore les tourments de Jane Birkin dans une période difficile de sa carrière après avoir atteint la quarantaine. Elle en tire deux films de fiction : "Jane B. par Agnès V." et "Kung-Fu Master".
De l'hommage à la cinématographie
Elle entreprend la réalisation du film Jacquot de Nantes, une docu-fiction relatant l'enfance de son mari, Jacques Demy, en trois temporalités simultanées. Après la disparition de son époux, Agnès Varda lui rend hommage à travers deux documentaires : Les Demoiselles ont eu 25 ans et L’Univers de Jacques Demy.
Par le biais de sa société de productions Ciné-Tamaris, elle s'investit dans l'acquisition des droits de production, la restauration complète des films de Demy, et l'archivage de ses œuvres. Elle supervise également la publication en DVD et coffrets de l'intégralité des films de Demy, regroupés sous le titre Demy tout entier.
Elle célèbre le centenaire du cinéma en 1995 en réalisant Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma avec de nombreux acteurs comme Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Alain Delon, Harrison Ford, Robert De Niro, Jean-Paul Belmondo, Gérard Depardieu mais aussi Gina Lollobrigida, Jane Birkin, Clint Eastwood, Jeanne Moreau, Fanny Ardant, Patrick Bruel, Arielle Dombasle, Daniel Auteuil, Isabelle Adjani...
Malgré la participation d'une pléiade de vedettes et un scénario mêlant clins d'œil et références au cinéma, le film ne rencontre pas le succès escompté.
Vidéo. - Les cent et une nuits
Le cinéma intime d'Agnès Varda
Après une période de retrait du cinéma, Agnès Varda fait un retour remarqué avec son long-métrage Les Glaneurs et la Glaneuse en 2000, un documentaire inspiré par un homme glanant du persil sur un marché. Ce film explore le glanage sous différents angles, de la peinture de Jean-François Millet à la pratique contemporaine de la récupération dans les rues, tout en abordant la législation en France sur ce sujet.
Dans ce documentaire, Varda se penche également sur les premiers signes du vieillissement, capturant ses propres cheveux grisonnants et ses mains vieillissantes. Elle explore l'utilisation de sa nouvelle acquisition, une caméra numérique, qui lui permet de réaliser seule ce documentaire, marquant ainsi un tournant dans sa méthode de travail.
Vidéo. - Oscar d'honneur à Agnès Varda - Reportage cinéma
Bien reçu par la critique et le public, ce documentaire est suivi deux ans plus tard par Deux ans après, où elle donne des nouvelles des personnes rencontrées dans Les Glaneurs et la Glaneuse. Elle poursuit sa carrière avec des projets variés tels que Ydessa, les ours et etc. en 2004, et La rue Daguerre en 2005, une suite de Daguerréotypes, réalisé trente ans auparavant.
À l'approche de ses 80 ans, elle ressent le besoin de marquer cette étape. Ainsi naît Les Plages d'Agnès, un succès retentissant qui lui vaut le César du meilleur film documentaire en 2009. Ce film autobiographique retrace sa vie personnelle et artistique en explorant les vies des autres.
Par la suite, en 2011, elle crée une série en six épisodes, Agnès de ci de là Varda, diffusée sur Arte, relatant ses voyages à travers le monde pour présenter ses films et évoquant ses amitiés avec des artistes tels que Chris Marker et Manoel de Oliveira. Simultanément, elle supervise la restauration de ses films pour leur sortie en DVD et coffrets, et crée des suppléments pour les éditions de collection de Cléo de 5 à 7 et Daguerréotypes.
Vidéo. - LES PLAGES D'AGNÈS - bande annonce
Son dernier documentaire, "Varda par Agnès", avait été présenté en février au Festival du film de Berlin et avait diffusé récemment sur Arte.
Vidéo. - Varda par Agnès Trailer
Sa vie privée
Elle croise le chemin du comédien Antoine Bourseiller, avec qui elle entretient une brève liaison. En mai 1958, elle donne naissance à leur fille, Rosalie Varda, choisissant de l'élever seule et l'enregistrant en tant qu'enfant "né de père inconnu" lors d'un déplacement professionnel d'Antoine Bourseiller.
Agnès Varda s'occupe d'abord seule de sa fille, puis partage la responsabilité parentale avec son époux le réalisateur Jacques Demy, rencontré en 1958, au Festival de Tours. Ils se marient l'année suivante et Demy s'installe chez Agnès. De leur union naît Mathieu Demy en 1972.
Dans son film "Les plages d'Agnès" en 2008, la réalisatrice mentionne ses quatre petits-fils : Valentin, Augustin, Corentin (les enfants de Rosalie) et Constantin (le fils de Mathieu), qui aura lui-même une fille prénommée Alice avec Joséphine Wister Faure.
Vidéo. - Une vie : Agnès Varda
Agnès Varda en quatre questions :
Qui est Agnès Varda ?
Agnès Varda était une réalisatrice, photographe et artiste française emblématique. Elle était une figure majeure de la Nouvelle Vague française, reconnue pour ses films innovants tels que "Cléo de 5 à 7" et "Sans toit ni loi". Son œuvre se caractérise par un regard unique sur la condition humaine et une approche poétique du cinéma documentaire. Agnès Varda a été largement saluée pour sa contribution à l'art cinématographique et son engagement en faveur des droits des femmes et des marginaux.
Quelle est la cause du décès d'Agnès Varda ?
Elle est décédée chez elle et entourée de sa famille, le 29 mars 2019, des suites d’un cancer.
Où est-elle enterrée ?
Elle est enterrée dans le cimetière du Montparnasse, situé dans le 14ème arrondissement de Paris, à côté de son époux Jacques Demy.
Comment s'est déroulée la cérémonie de ses obsèques ?
Agnès Varda, réalisatrice emblématique du cinéma français, est décédée le 29 mars 2019 à l'âge de 90 ans. Conformément à ses souhaits, elle n'a pas eu de funérailles traditionnelles.
Au lieu de cela, une cérémonie intime s'est tenue à Paris en présence de ses proches et de certains membres du monde du cinéma pour lui rendre hommage. Ses cendres ont été dispersées à divers endroits symboliques, notamment à Paris et à son domicile à Noirmoutier, où elle avait une maison de longue date.
Cette approche discrète et personnelle était en accord avec la personnalité innovante et authentique d'Agnès Varda, respectant sa volonté de simplicité et de discrétion même après sa mort.
Les diverses hommages réalisés suite à la disparition d'Agnès Varda
Les hommages rendus à la réalisatrice Agnès Varda, après son décès, ont été nombreux et variés :
Cinéma et Festivals
Plusieurs festivals de cinéma à travers le monde ont rendu hommage à la réalisatrice en projetant ses films et en organisant des rétrospectives pour célébrer son œuvre. Des séances spéciales ont été dédiées à ses réalisations dans divers événements cinématographiques.
Vidéo. - L'hommage d'Edouard Baer à Agnès Varda - Cérémonie d'ouverture Cannes 2019
Cinémathèques et institutions culturelles
Des cinémathèques, musées et institutions culturelles ont organisé des expositions, des rétrospectives et des événements spéciaux consacrés à Agnès Varda, mettant en avant son influence dans le monde du cinéma et de l'art visuel.
Vidéo. - Visite guidée de l'exposition Agnès Varda à la Cinémathèque
Tributes et hommages publics
De nombreuses personnalités du monde du cinéma, des arts et de la culture ont rendu hommage à la cinéaste, exprimant leur gratitude pour son travail et son héritage artistique. Des manifestations publiques ont été organisées pour commémorer sa carrière et son impact sur le cinéma.
Vidéo. - En hommage à Agnès Varda, Catherine Deneuve récite un poème de Rimbaud
Témoignages et articles
Des articles, des essais et des témoignages ont été publiés dans les médias du monde entier, mettant en lumière sa contribution exceptionnelle au cinéma et son engagement artistique.
Prix et récompenses posthumes
Des prix et distinctions honorifiques lui ont été décernés à titre posthume, en reconnaissance de son travail cinématographique et de sa contribution à l'industrie du film.
Livres et publications
Des livres, des biographies et des publications ont été écrits pour documenter sa vie, son travail et son impact sur le cinéma. Ces hommages ont permis de souligner l'importance et la diversité de l'héritage artistique laissé par la réalisatrice dans le monde du cinéma et au-delà.
Vidéo. - "La rue Daguerre me fera toujours penser à Agnès Varda", les habitants lui rendent hommage
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