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« Il restera mon bébé toute ma vie » : deux mères témoignent du deuil périnatal
« Il restera mon bébé toute ma vie » : deux mères témoignent du deuil périnatal
À l’occasion de la Journée mondiale du deuil périnatal, le 15 octobre, Marie Ragot et Nadège Quenouelle racontent la perte de leur enfant, les difficultés traversées et le chemin parcouru depuis. Toutes deux accompagnées à l’hôpital de Verdun, elles participent aujourd’hui au groupe de parole « Après toi », récemment créé pour permettre aux parents endeuillés de partager leur vécu.
- Mis à jour le 15 oct. 2026
Pouvez-vous raconter votre histoire, celle de l’enfant que vous avez perdu ?
Marie : « Je suis tombée enceinte en 2017. Mon fils, Marius, est né à terme plus deux jours. C’est un accident d’accouchement. Il avait des difficultés à sortir. Quand ils l’ont mis sur moi, il ne respirait pas. Il a été emmené en néonatologie, puis transféré à Reims après plusieurs arrêts cardiaques et une hémorragie au niveau du tronc cérébral.
Vers 3 ou 4 heures du matin, une sage-femme m’a donné un numéro à appeler. On m’a annoncé que mon fils était décédé. J’ai appris plus tard qu’il avait refait deux arrêts cardiaques dans l’ambulance. Il s’est battu, il a fait, je crois, cinq ou six arrêts cardiaques. Mais le dernier, il n’a pas pu, il était trop fatigué. »
Nadège : « C’était en 2024, ma troisième grossesse. Tout se passait bien jusqu’à la deuxième échographie. Le rendez-vous s’allonge et je comprends qu’il y a un problème. À Reims, le gynécologue nous annonce que notre enfant est atteint du spina-bifida, une malformation de la colonne vertébrale. Il nous présente plusieurs possibilités, dont des opérations qui améliorent mais ne corrigent pas le handicap. Je lui dis : “Je préfère avorter”. Il me répond : “Non Madame, il va falloir accoucher”.
Pour moi, ce mot ne rentrait pas dans ma tête. J’ai dû organiser les obsèques avant l’accouchement. Pendant environ une semaine, j’ai gardé mon bébé dans le ventre en sachant qu’il allait mourir. Quand j’ai accouché, son cœur s’était arrêté, il n’a pas survécu aux contractions. Il s’appelle Noa et figure sur mon livret de famille. »
On vit tous un deuil différent. Je dirais simplement : “Je suis là pour toi. Si tu as besoin, je suis là”.
Le message de Marie aux parents qui vivent ou ont vécu un deuil périnatal
Qu’est-ce qui a été le plus difficile lors des premiers jours ?
Marie : « Être loin de ses proches. Mon compagnon est militaire et nous n’avons pas de famille dans la région. Heureusement, la mienne est venue rapidement. Il y a eu l’organisation des obsèques, sans qu’on nous explique vraiment les démarches. Et puis la facture : 3 000 euros à sortir quand on n’a que 24 ans. On doit assimiler la perte de notre enfant alors que notre corps de maman est fatigué. J’ai été très bien accompagnée à la maternité mais, si on ne le vit pas, on ne peut pas comprendre. »
Nadège : « Le plus dur, c’était l’annonce aux enfants. Mon garçon, Timéo, s’accrochait énormément à cette grossesse. Aller voir Noa à la morgue a aussi été très compliqué. Au lieu de le voir dans un berceau, on va le voir à la morgue. »
Quelle place votre enfant occupe-t-il aujourd’hui ?
Marie : « Je suis fière de parler de Marius, parce que c’est un combattant et que ça reste mon bébé. Je pense énormément à lui. Aujourd’hui, je suis la femme que je suis aussi grâce à lui. Il m’a rendue forte. »
Nadège : « Noa est présent tous les jours. Mon dernier, Leny, est né en octobre 2025. C’est le bébé bonheur. J’ai toujours cette phrase : “Le bonheur, en partant, m’a dit qu’il reviendrait”. On a toujours une pensée pour Noa. Mon fils fait du motocross en compétition et porte le numéro 31 sur sa moto, parce que Noa est né le 31 août. »
« Une maman vit le deuil différemment »
Votre conjoint a-t-il vécu ce deuil de la même manière ?
Nadège : « Pas du tout. Il est vulnérable, mais il ne le montre pas. On a connu des tensions, mais si notre couple a survécu à ça, il survivra à tout. »
Marie : « Pendant deux ans, j’ai voulu protéger mon compagnon. Il était un peu dans le déni. Une maman vit le deuil différemment. Elle porte l’enfant, elle le sent. »
Pourquoi avoir rejoint le groupe de parole « Après toi » ?
Marie : « Mon deuil ne sera jamais fini, mais il est assez avancé pour pouvoir aider les mamans qui ont perdu leur enfant récemment. J’avais envie de parler de Marius. Dans ces moments-là, on aimerait avoir quelqu’un qui comprenne ce qu’on ressent. »
Nadège : « Entendre d’autres histoires, ça fait du bien. On se sent moins seules et il n’y a pas de jugement. C’est le plus important. »
Ne pas rester seuls. Même si les chemins sont difficiles, il faut oser les parcourir, ne rien lâcher et surtout être bien accompagné.
Le message de Nadège aux parents qui vivent ou ont vécu un deuil périnatal
Qu’est-ce qui vous a permis de continuer à avancer ?
Marie : « J’ai mis quatre ans à avoir Matariki, qui est né en 2024. Pendant la grossesse, j’avais peur de le perdre. Avec Matariki, j’ai pu avancer dans mon deuil. Mais je vis avec lui des choses que je ne vivrai jamais avec Marius. Parfois, je m’en veux. J’avais même l’impression de trahir Marius en retournant au cimetière. Mais Marius, c’est son grand frère et il restera toute ma vie mon bébé. »
Nadège : « Ma dernière grossesse a été compliquée, mais j’ai été très bien suivie. Je ne voulais surtout pas accoucher dans la même salle que pour Noa. Cette image-là, je l’aurai à vie. Après la naissance de Leny, j’ai voulu l’emmener sur la tombe de Noa pour lui dire : “Tu vois, j’ai réussi, victoire, grâce à toi, on en est là”. C’était une fierté. »
Quel message adresseriez-vous aux parents confrontés au même deuil ?
Nadège : « Ne pas rester seuls. Même si les chemins sont difficiles, il faut oser les parcourir, ne rien lâcher et surtout être bien accompagné. Les groupes de parole permettent aussi de se libérer. »
Marie : « On vit tous un deuil différent. Je dirais simplement : “Je suis là pour toi. Si tu as besoin, je suis là”. »
Dans la Meuse, Le Jardin des Par’anges a ouvert la voie
L’association Le Jardin des Par’anges est pionnière dans le département. Photo Christine Scherrmann
À Étain, dans la Meuse, trois mamans endeuillées, Cynthia Woiry, Drusilla Capitani et Charlène Henry, ont décidé de briser le silence autour du deuil périnatal. Leur initiative, née en 2025 d’ateliers de parentalité organisés par la Codecom du Pays d’Étain, a donné naissance à l’association Le Jardin des Par’anges.
En octobre 2025, une première rencontre avait réuni une dizaine de familles au parc Paul-Thiéry, autour d’un arbre à prénoms et d’un lâcher de bulles en mémoire des enfants disparus.
Depuis, l’association multiplie les initiatives : groupes de parole, bibliothèque de prêt spécialisée et réflexion autour d’un jardin du souvenir dédié aux tout-petits.
Elle a également participé, ce jeudi 15 octobre 2026, à un atelier de sensibilisation dans le Pays d’Étain. Une démarche pionnière pour rompre l’isolement des familles.