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Il y a 61 ans disparaissait la résistante Laure Diebold-Mutschler
Il y a 61 ans disparaissait la résistante Laure Diebold-Mutschler
On l'appelait Mado. Cette Alsacienne était l'une des figures de la première heure de la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale. Agente de liaison et secrétaire de Jean Moulin, elle est l'une des rares femmes à avoir reçu la médaille de Compagnon de la Libération.
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Il y a 61 ans, le 17 octobre 1965, disparaissait Laure Diebold, née Laurentine Mutschler.
Née allemande le 10 janvier 1915 à Erstein, en Alsace, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes figures de la Résistance française.
Bien que vivant dans une région française alors annexée à l’Empire allemand, elle et sa famille sont toujours restées fidèles à la France.
Laure passe son enfance à Sainte-Marie-aux-Mines, auprès de ses parents. Sa mère travaille comme secrétaire dans une filature de laine, tandis que son père exerce le métier de menuisier.
Après avoir obtenu son diplôme de sténodactylo, elle devient secrétaire aux établissements Baumgartner, avant de travailler dans une industrie à Saint-Dié. Issue d’une famille catholique, elle épouse un protestant, Eugène Diebold. Fiancés dans les années 1930, ils se marient en 1942.
Résistante de la première heure
Son engagement dans la Résistance commence très tôt. En 1940, elle choisit de rester en Alsace, alors occupée par le Reich, et rejoint un réseau de passeurs. Le domicile de ses parents, ainsi que le sien, servent de refuge à des prisonniers de guerre évadés.
En lien avec un groupe de résistants et repérée par les Allemands, elle est contrainte de fuir vers la zone libre, à Lyon. À la veille de Noël, Laure s’échappe en se cachant dans une locomotive.
Celui qui deviendra son mari la rejoint peu après, après s’être lui-même évadé.
Ensemble, ils intègrent le réseau Mithridate au printemps 1942.
En tant qu’agente de liaison, Laure Diebold-Mutschler recueille des renseignements, les code et les transmet à Londres par courrier. Cependant, à l’été 1942, elle et son mari sont arrêtés par la police française. Rapidement libérés faute de preuves, ils s’installent ensuite à Aix-les-Bains.
La naissance de Mado
À Aix-les-Bains, elle reprend ses activités clandestines et devient rapidement secrétaire auprès de la délégation de Jean Moulin. Celle qui est désormais connue sous le nom de Mado ne rencontrera Jean Moulin, alias Rex, qu’une seule fois.
Mado occupe une place essentielle au sein d’une équipe de quinze secrétaires. Elle poursuit son travail avec détermination, même après l’arrestation de Jean Moulin.
Elle vit alors à Paris, chez son frère, en zone occupée, où les services de la délégation se sont installés en 1943. Elle participe notamment à la rédaction de l’annonce de la première réunion du Conseil national de la Résistance.
En septembre de la même année, Laure et son mari sont arrêtés à la suite d’une perquisition au siège de la délégation. Ils sont emprisonnés à Fresnes. Pour éviter la torture, elle tente de convaincre la Gestapo qu’elle n’a joué aucun rôle important et qu’elle servait uniquement de boîte aux lettres. Son mari, en revanche, ne bénéficiera pas du même traitement.
Libérée par les Américains après avoir frôlé la mort, notamment à cause du typhus et d’une angine diphtérique, Laure Diebold-Mutschler regagne Paris. Elle y retrouve son mari, lui aussi très affaibli.
Le 14 juillet 1946, Laure Diebold-Mutschler est décorée de la Croix de la Libération par le général Legentilhomme, dans la cour des Invalides à Paris. Photo : collection particulière Danil Cordier / Archives DNA.
Compagnon de la Libération
Les services de Laure sont reconnus par les Forces françaises libres (FFL), qui lui attribuent un grade équivalent à celui de lieutenant. Elle fait également partie des six femmes à recevoir le titre de Compagnon de la Libération. En 1946, elle reçoit la croix de la Libération dans la cour des Invalides.
Après la guerre, elle travaille à la Direction générale des études et recherches. En 1950, elle s’installe en Franche-Comté avec son époux. Tous deux sont employés dans une usine de tissage située dans le Territoire de Belfort. Elle termine ensuite sa carrière comme secrétaire et bibliothécaire dans une entreprise lyonnaise. Éloignée de ses anciens compagnons de Résistance, elle ne les retrouve que le temps d’une nuit, en 1964, à l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.
Laure Diebold-Mutschler s’éteint le 17 octobre 1965, à seulement 50 ans. De nature discrète, elle choisit d’être inhumée au cimetière de Sainte-Marie-aux-Mines, dans cette ville qui a marqué son enfance.
En sa mémoire
Pour rendre hommage à Madame Laure MUTSCHLER, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommage
Une des rues qui portent son nom, dans le 9e arrondissement de Lyon.
Crédit photo : Sebleouf, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Des rues à son nom
Bien que souvent « oubliée » dans les récits de guerre, Laure Diebold-Mutschler a des emplacements qui portent aujourd'hui son nom.
Une rue dans le 9e arrondissement de Lyon, une à Gueugnon en Saône-et-Loire, à Erstein, Marckolsheim et
Illkirch-Graffenstaden dans le Bas-Rhin, une rue à Paris, dans le 8e, une allée à Strasbourg et un square à Grenoble.
À Sainte-Marie-aux-Mines, où elle est enterrée, une place et un monument portent son nom. Une plaque est également érigée devant la maison familiale ainsi qu'une autre à l'entrée du cimetière.
Anne-Marie Wimmer comme biographe
En 2011, Anne-Marie Wimmer publie un premier livre sur Laure Diebold-Mutschler : Code : Mado. Mais qui donc est Laure Diebold-Mutschler ? Une enquête historique publiée aux éditions Ponte Vecchio qui retrace son histoire méconnue.
En 2014, Anne-Marie Wimmer publie Autopsie d’un oubli : l’incroyable disparition de Laure Diebold-Mutschler. Cet essai historique et biographique publié aux éditions Ponte Vecchio, tente d'expliquer pourquoi cette héroïne de la Résistance française, distinguée par le Général de Gaulle, est tombée dans l'oubli.
Mado, agent secret est un ouvrage historique et biographique d'Anne-Marie Wimmer, publié en 2021 aux éditions Ponte Vecchio. Destiné principalement aux jeunes lecteurs, il raconte l'histoire de Laure Diebold-Mutschler pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans ses ouvrages, l'auteure regrette que cette figure de la Résistance ne soit pas reconnue à sa juste valeur et qu'elle soit aujourd'hui trop méconnue du grand public.
Au fil de son travail de mémoire et de ses recherches, elle pointe également des zones d'ombre et d'oublis.
Elle assure notamment que Laure Diebold-Mutschler n'est pas décédée le 17 octobre à Lyon mais le 16 à Chassy, chez un compagnon de Libération. Elle y évoque aussi que ses dernières volontés n'ont pas été respectées. Inhumée dans le caveau catholique familial, son mari l'aurait fait exhumer trois ans plus tard pour la placer dans son caveau familial, protestant.