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Clément Oubrerie, illustrateur connu pour sa bande dessinée Aya de Yopougon, est mort
Clément Oubrerie, illustrateur connu pour sa bande dessinée Aya de Yopougon, est mort
Clément Oubrerie, dessinateur français talentueux, s’est éteint le 1er mars 2026 à 59 ans, emporté par la maladie de Charcot. Connu mondialement pour Aya de Yopougon (avec Marguerite Abouet), série phare de la BD contemporaine primée à Angoulême en 2006, il a marqué la 9e art par son style vivant et inclusif.
Mis à jour le 03 mars 2026
Clément Oubrerie, disparu le 1er mars 2026 à 59 ans, laisse derrière lui une œuvre qui a changé la façon dont la bande dessinée raconte le monde, entre Côte d’Ivoire populaire, Montmartre bohème et grandes figures de la culture, il a bâti tout un pan de l'illustration française.
Vidéo. - AYA DE YOPOUGON de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie - BA - sortie le 29 juillet
Un dessinateur qui a ouvert Yopougon au monde
Né à Paris en 1966, formé à l’École supérieure d’arts graphiques, Clément Oubrerie interrompt ses études pour partir deux ans aux États‑Unis, où il signe ses premiers albums jeunesse. Illustrateur prolifique, il publie dès les années 1990 des dizaines de livres pour enfants, posant les bases d’un trait vif, chaleureux, immédiatement reconnaissable. Mais c’est en 2005 qu’il entre dans l’histoire de la BD avec Aya de Yopougon, dessinée sur un scénario de Marguerite Abouet et publiée chez Gallimard.
En sa mémoire
2 hommages
Pour rendre hommage à Monsieur Clément OUBRERIE, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageVidéo. - AYA DE YOPOUGON, 7 de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Avec Aya, il donne un visage à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan, à travers le quotidien d’une jeune Ivoirienne de 19 ans dans les années 1970, loin des clichés misérabilistes ou exotiques. La série, couronnée par le prix du Meilleur premier album à Angoulême en 2006, sera traduite en plus d’une quinzaine de langues et deviendra un best‑seller international, portée par son humour, sa tendresse et la justesse de son regard. Pour nombre de lectrices et lecteurs, Aya restera la porte d’entrée dans l’univers d’Oubrerie, cette ligne claire habitée par la joie, le mouvement et une profonde attention aux corps comme aux décors.
De Yop City à Montmartre : un raconteur d’époques
Clément Oubrerie n’a jamais cessé de se réinventer, explorant sans relâche d’autres territoires graphiques et narratifs. Il adapte Zazie dans le métro de Raymond Queneau, s’essaie à l’autofiction sociale avec Mâle Occidental Contemporain (sur un scénario de François Bégaudeau) et s’engage dans l’ambitieuse fresque Pablo, consacrée à la jeunesse de Picasso à Montmartre, avec sa compagne et scénariste Julie Birmant. Cette série, parue chez Dargaud, sera distinguée par le Grand prix RTL de la BD 2012 et l’Étoile du Parisien en 2013, consacrant son talent à croiser grande Histoire et destins intimes.
Son goût pour les grandes sagas l’amène aussi à adapter Les Royaumes du Nord de Philip Pullman (premier volet de À la croisée des mondes) en collaboration avec Stéphane Melchior, une aventure en trois puis six tomes récompensée par le Fauve Jeunesse d’Angoulême en 2015. Avec Julie Birmant encore, il se penche sur la danseuse Isadora Duncan (Il était une fois dans l’Est, Isadora), puis sur l’écrivaine‑aventurière Renée Stone, confirmant son appétence pour les destins de femmes libres et les récits ancrés dans les métamorphoses du XXe siècle. Dans Voltaire amoureux, publié aux Arènes BD et primé à Quai des Bulles en 2017, il revisite le philosophe des Lumières avec la même énergie romanesque, érudite et joyeuse.
Vidéo. - En tête à tête avec Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Un artisan complet, de la jeunesse à l’animation
Avant de s’imposer en bande dessinée, Oubrerie avait bâti une carrière foisonnante dans l’édition jeunesse, illustrant, des années 1990 à 2000, une quarantaine d’albums pour des maisons comme Hachette, Mango, Nathan, Albin Michel ou Gallimard. Ces livres témoignent d’un sens aigu de la narration visuelle et d’une capacité à parler aux enfants sans les prendre de haut. Il y multiplie les registres, du burlesque au poétique, chacun marqué par cette couleur chaude et ce dessin souple qui feront sa signature.
Clément Oubrerie fut aussi un homme d’images animées. Cofondateur du studio Autochenille Production avec Joann Sfar et Antoine Delesvaux, il participe à la production du Chat du rabbin, César du meilleur film d’animation en 2010, puis coréalise l’adaptation cinéma d’Aya de Yopougon sortie en 2013. Il signe encore, avec Éric et Ramzy, la série Moot‑Moot, récompensée au festival d’Annecy en 2008, prolongeant ainsi son art du rythme et de la comédie sur le terrain de la télévision. Cette polyvalence fait de lui l’une des figures les plus complètes de la création graphique française contemporaine.
Vidéo. - Clément Oubrerie : comment dessiner "Voltaire amoureux" ?
Un héritage poétique et populaire
Décédé des suites de la maladie de Charcot, Clément Oubrerie laisse une œuvre dense, traversée par une même attention aux marges, aux élans, aux contradictions de la vie moderne. Les distinctions qui jalonnent sa carrière (prix Révélation à Angoulême pour Aya de Yopougon, Fauve Jeunesse pour Les Royaumes du Nord, Grand prix de la BD RTL pour Pablo, Cristal de la série à Annecy pour Moot‑Moot) racontent la reconnaissance d’une profession, en France comme à l’international. Mais ce sont surtout ses lecteurs, de Yopougon à Montmartre, des bibliothèques scolaires aux librairies spécialisées, qui mesurent aujourd’hui le vide laissé par sa disparition.
Dans chaque case, dans chaque plan de foule, Clément Oubrerie aura cherché la juste distance entre la comédie humaine et la tendresse, entre le trait rapide et l’émotion durable. Ses héroïnes et ses héros continuent d’habiter les imaginaires : Aya, Pablo, Isadora, Renée Stone, Voltaire, et tous ces visages anonymes qui peuplent ses planches. À l’heure où la bande dessinée n’a jamais autant interrogé les identités, les mémoires et les territoires, son œuvre demeure un repère, une preuve qu’on peut être à la fois populaire et exigeant, ancré dans un quartier précis et pourtant universel.
Vidéo. - Bande dessinée - "Dali", Clément Oubrerie et Julie Birmant se mettent en 4
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