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Georgette Lemaire, l’âme réaliste de la chanson française, s’est éteinte à 82 ans

Georgette Lemaire, l'une des dernières grandes voix de la chanson réaliste française, est morte le dimanche 21 décembre 2025 à l’âge de 82 ans, emportant avec elle le souvenir des faubourgs parisiens et d'une époque où l'interprétation primait sur le spectacle. Figure à la fois populaire et tourmentée, elle incarnait une certaine idée de la chanson à texte, puissante et sans artifice.

Jakline Doumer., CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Jakline Doumer., CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mis à jour le 23 déc. 2025

Sa disparition marque la fin d'un parcours singulier, celui d'une « titi parisienne » propulsée sous les projecteurs par la force de son talent brut. L'annonce, faite sobrement par son fils Antoine Blanc-Sellers à l'AFP, a réveillé la mémoire d'un public qui n'avait jamais vraiment oublié son timbre unique, capable de faire frissonner les salles les plus exigeantes comme les cabarets les plus intimes.

Une étoile née aux puces de Saint-Ouen

Née Georgette Kibleur à Paris en 1943, elle grandit dans le quartier de Belleville, berceau de la chanson populaire. Mais c'est un peu plus au nord, aux puces de Saint-Ouen, que son destin bascule. Elle devient la vedette de « Chez Louisette », guinguette mythique où sa voix puissante couvre le brouhaha des chineurs et des curieux.

C'est là qu'elle forge son style : réaliste, direct, hérité de Piaf et de Fréhel. Elle ne triche pas, elle chante avec ses tripes. Cette authenticité lui ouvre les portes de la télévision en 1965, lorsqu'elle triomphe au Jeu de la chance, ancêtre de nos télé-crochets modernes. Le plébiscite est tel qu'elle signe rapidement chez Philips, prête à conquérir la France entière.

La consécration et les grands succès

La carrière de Georgette Lemaire est jalonnée de succès qui sont devenus des classiques. Sans conteste, son titre phare reste Vous étiez belle, madame, sortie en 1968. Sur une musique de Jean-Jacques Debout et des paroles de Pascal Sevran, elle livre une performance magistrale qui reste gravée dans les mémoires. Ce titre devient sa signature, celui qu'on lui réclame à chaque apparition.

Vidéo. - Georgette Lemaire "Vous étiez belle madame" (live officiel) | Archive INA

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En sa mémoire

22 hommages

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Rendre hommage

Mais résumer Georgette Lemaire à ce seul titre serait injuste. Elle a porté avec brio des chansons comme Le cœur désaccordé ou Tant qu'il y aura sur Terre, collaborant avec les plus grands auteurs de son temps. Elle a partagé l'affiche avec Georges Brassens à Bobino, fait la première partie d'Enrico Macias à l'Olympia, s'imposant comme une interprète de premier plan, respectée par ses pairs pour sa technique vocale irréprochable et son émotion à fleur de peau.

Des drames personnels et une vie de combat

Derrière la lumière, l'ombre n'a jamais été loin. La vie de Georgette Lemaire fut un roman, parfois sombre. Elle a connu la douleur indicible de perdre un enfant, son fils Yvan, un drame qui l'a marquée au fer rouge. Elle a aussi connu la précarité, les huissiers, la menace de l'expulsion, n'hésitant pas à interpeller François Mitterrand pour obtenir un soutien. Ces épreuves ont nourri son art, lui donnant cette gravité qui touchait tant le public.
Elle chantait la vie comme elle la vivait : avec passion et difficulté. Sa vie privée, bien que discrète sur les détails sentimentaux, était celle d'une femme courageuse, élevant ses fils tout en menant une carrière en dents de scie, refusant de plier face à l'adversité. 

Quelles sont les causes du décès de Georgette Lemaire ?

La chanteuse s'est éteinte à l'âge de 82 ans, des suites de complications liées à son âge avancé. Bien qu'aucune pathologie spécifique n'ait été officiellement communiquée, sa santé s'était considérablement fragilisée ces dernières années, marquée notamment par une cécité progressive ayant nécessité de lourdes interventions chirurgicales.

Quel titre demeure l'emblème de sa discographie ?

Si son répertoire est vaste, c'est indiscutablement « Vous étiez belle, madame » (1968) qui constitue la pierre angulaire de son œuvre. Fruit de la collaboration entre Pascal Sevran pour les mots et Jean-Jacques Debout pour la musique, cette mélodie mélancolique a élevé Georgette Lemaire au rang d'icône de la chanson réaliste.

Quelles furent les épreuves marquantes de sa vie personnelle ?

Outre une carrière en dents de scie, la vie de Georgette Lemaire fut jalonnée de drames intimes : des problèmes financiers majeurs l'ayant conduite à solliciter l'aide de l'État, des violences conjugales, et surtout la perte tragique de son fils aîné Yvan en 2022, un deuil qui l'a profondément affectée jusqu'à la fin de ses jours.

Le dernier refuge et les hommages

Les dernières années de sa vie se sont écoulées loin du tumulte, à la Maison nationale des artistes de Nogent-sur-Marne. C'est dans cet établissement, véritable havre de paix pour les anciens du spectacle, qu'elle a passé ses derniers jours, entourée de souvenirs et de bienveillance.
Dès l'annonce de sa disparition, les hommages ont afflué, saluant la mémoire d'une artiste intègre. Mireille Mathieu a tenu à exprimer sa tristesse, évoquant une « grande interprète de la chanson réaliste » et une « voix unique ». Georgette Lemaire laisse derrière elle un répertoire riche et une leçon d'interprétation. Elle a prouvé que la chanson populaire pouvait être un art majeur lorsqu'elle est portée par une sincérité absolue.