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La disparition de l'auteur-compositeur-interprète français Serge Gainsbourg
La disparition de l'auteur-compositeur-interprète français Serge Gainsbourg
Serge Gainsbourg était célèbre pour son génie musical et poétique, créant des chansons provocatrices et innovantes qui ont marqué la culture française. Sa personnalité charismatique et controversée a également contribué à sa renommée durable. Il est décédé le 2 mars 1991, à l'âge de 62 ans.
Claude Truong-Ngoc, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Mis à jour le 17 févr. 2025
Lucien Ginsburg, dit Serge Gainsbourg, est né le 2 avril 1928 à Paris. Il est le deuxième de faux jumeaux (sa sœur est née la première). Ses parents, Joseph Ginsburg et Brucha Goda Besman, sont des immigrants juifs ashkénazes d'origine ukrainienne et de culture russe. Joseph, ancien étudiant en peinture, a étudié le piano au conservatoire de Petrograd puis à Moscou. Il rencontre Brucha, chanteuse mezzo-soprano, en Crimée et ils se marient le 18 juin 1918. Fuyant la guerre civile et la dictature bolchévique, le couple quitte Odessa en 1919, s'exile en Géorgie, puis à Constantinople, avant d'arriver à Marseille le 25 mars 1921 et de s'installer à Paris.
La biographie de Lucien Ginsburg et de sa famille
Les Ginsburg vivent dans le 20ème arrondissement, puis dans le 9ème arrondissement. Ils ont un premier fils, Marcel, en 1922, qui décède à seize mois, puis une fille, Jacqueline, en 1926, et enfin les jumeaux Liliane et Lucien en 1928. La famille obtient la nationalité française le 9 juin 1932.
Joseph devient pianiste de bar et de cabaret tandis qu'Olga chante au conservatoire russe. Lucien grandit dans les quartiers populaires de Paris, où son père lui enseigne le piano classique et l'encourage dans la peinture. Lucien accompagne souvent son père lors de ses concerts dans des stations balnéaires prestigieuses comme Arcachon, Deauville, Cabourg et Le Touquet.
Vidéo.- Lunettes Noires Pour Nuits Blanches de Thierry Ardisson, spécial Serge Gainsbourg | INA Arditube
Sa survie durant l’Occupation
En 1940, à 12 ans, Lucien Ginsburg est inscrit à l'École normale de musique de Paris et doit porter l'étoile jaune, qu'il qualifie plus tard de « bonne étoile… jaune ». En été 1941, sa famille se réfugie temporairement dans la Sarthe à Courgenard. Lucien contracte une péritonite tuberculeuse. Les Ginsburg, attachés à la commune, y reviennent régulièrement, Serge y venant avec Jane Birkin dans les années 1970.
Pour échapper aux persécutions antisémites, Lucien est scolarisé sous le pseudonyme de Lucien Guimbard à Saint-Léonard-de-Noblat. En 1942, son père, interdit de travail en zone occupée, passe en zone libre, suivi par la famille en janvier 1944. Ils se réfugient à Saint-Cyr en Haute-Vienne sous le nom de Guimbard, avec les filles cachées chez des religieuses et Lucien en pensionnat. Lors d'une descente de la Gestapo, Lucien se cache seul dans la forêt, échappant à l'arrestation.
Pendant la guerre, la famille Ginsburg perd sa nationalité française, considérée comme des « israélites sans intérêt national » par le régime de Vichy. Un rapport de 1941 mentionne que Joseph, le père, a quitté Paris pour Lyon pour éviter les ennuis en raison de sa confession. Serge Gainsbourg n'a jamais su cette dénaturalisation.
En sa mémoire
11 hommages
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Ses débuts artistiques
Après la Libération, la famille Ginsburg s'installe dans le 16ème arrondissement de Paris. Lucien, en échec scolaire, abandonne ses études au lycée Condorcet avant de se réorienter vers les Beaux-Arts et l'Académie de Montmartre, où il est formé par André Lhote et Fernand Léger. En 1947, il rencontre Élisabeth Levitsky à l'Académie et l'épouse le 3 novembre 1951.
En 1948, il effectue son service militaire au 93e régiment d'infanterie à Courbevoie, où il est régulièrement puni pour insoumission et découvre l'alcool. Il apprend également à jouer de la guitare. Jusqu'à trente ans, Lucien vit de petits métiers et se consacre principalement à la peinture, influencé par le dadaïsme et Francis Picabia.
En 1952, il emménage avec Élisabeth à la Schola Cantorum, où il découvre une porte donnant sur la salle de concert et commence à observer des groupes de jazz. Cela le pousse à délaisser la peinture pour la musique. En 1954, il devient crooner dans des casinos et cabarets, tout en composant des chansons. Il dépose ses titres à la SACEM sous divers pseudonymes, avant de choisir celui de Serge Gainsbourg en avril 1957, un nom inspiré du peintre Gainsborough, pour affirmer ses origines judéo-russes et échapper aux erreurs de prononciation de son nom.
Vidéo.- Serge Gainsbourg - L'eau à la bouche (1960)
L'émergence de Serge Gainsbourg
En 1955, Serge Gainsbourg découvre Boris Vian au cabaret Milord l'Arsouille et est inspiré par ses textes provocateurs. Engagé comme pianiste d'ambiance au même cabaret, il accompagne la chanteuse Michèle Arnaud qui remarque son style novateur. En 1957, Michèle et Francis Claude découvrent ses compositions chez lui, et Francis pousse Gainsbourg sur scène où il interprète des chansons comme Le Poinçonneur des Lilas.
Claude le présente à Jacques Canetti, directeur des Trois Baudets et des Disques Philips, qui est frappé par la ressemblance entre Vian et Gainsbourg en termes de style et de vision cynique. Canetti aide Gainsbourg à se faire connaître, en le faisant chanter aux Trois Baudets et en tournée avec des artistes comme Jacques Brel. Denis Bourgeois, adjoint de Canetti chez Philips, soutient également ses débuts dans le disque.
Michèle Arnaud est la première interprète célèbre de Gainsbourg, enregistrant plusieurs titres dès 1958. Gainsbourg décide alors d'abandonner la peinture, détruisant la plupart de ses œuvres, ce qui crée des tensions avec son épouse Élisabeth. Ils divorcent en octobre 1957, après six ans de mariage.
Vidéo.- Serge Gainsbourg - Le poinçonneur des Lilas (1959)
Les débuts difficiles de Serge Gainsbourg
En studio, Serge Gainsbourg débute une collaboration fructueuse avec Alain Goraguer, arrangeur de Boris Vian. Son premier album, Du chant à la une !... en 1958, malgré la présence du succès d'estime Le Poinçonneur des Lilas, est un échec commercial. Cependant, il reçoit des éloges de Marcel Aymé et de Boris Vian, et obtient le Grand Prix de l'Académie Charles Cros l'année suivante.
Les albums suivants (No 2 en 1959, L'étonnant Serge Gainsbourg en 1961, No 4 en 1962) connaissent le même sort, malgré le succès commercial de la chanson L'eau à la bouche en 1960. Pendant l'époque des yéyés, Gainsbourg, mal à l'aise et moqué, commence une collaboration avec Juliette Gréco, avec La Javanaise comme point d'orgue en 1962. Il écrit également pour Philippe Clay et participe à des émissions télévisées en 1964.
Gainsbourg collabore avec le guitariste Elek Bacsik et le contrebassiste Michel Gaudry pour l'album Gainsbourg Confidentiel en 1963, un échec commercial. Son album suivant, Gainsbourg Percussions, inspiré des rythmes africains, connaît également un échec, marquant la fin de sa collaboration avec Goraguer. En février 1965, face à l'hostilité du public lors de concerts avec Barbara, Gainsbourg décide de se retirer de la scène jusqu'en 1979.
Vidéo.- Serge Gainsbourg - La Javanaise (1968)
Gainsbourg, après avoir écrit pour Juliette Gréco et Petula Clark, rencontre ses premiers succès. Il se fait connaître du public jeune grâce à Françoise Hardy avec Comment te dire adieu et surtout France Gall, pour qui il écrit Poupée de cire, poupée de son, gagnant le Concours Eurovision de la chanson en 1965. La chanson devient un tube international, enregistrée même en japonais. Gainsbourg écrit également Baby Pop et Les Sucettes pour France Gall, ce dernier provoquant un scandale en raison de son double sens.
Le succès avec les yéyés
En tant qu'interprète, Gainsbourg rejoint le mouvement yéyé avec les singles Qui est « in » qui est « out » en 1966 et Comic Strip en 1967, qui rencontrent le succès. Il figure en avril 1966 sur la célèbre « photo du siècle » des vedettes yéyés. La même année, il compose la bande originale de la comédie musicale Anna, diffusée en janvier 1967, pour laquelle il signe la chanson Sous le soleil exactement.
Vidéo.- Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot "Comic Strip" | Archive INA
Serge Gainsbourg et le sable et le soldat
En 1967, le cghnateur compose Le Sable et le soldat en soutien à Tsahal pendant la guerre des Six Jours. Demandé par l’attaché culturel de l’ambassade d'Israël, le morceau est enregistré en français le 6 juin 1967 avec un accompagnement d'orgue électrique. La traduction en hébreu n'est pas enregistrée, mais la bande magnétique est envoyée à Tel-Aviv. L'enregistrement reste dans les archives de la radio Kol Israël jusqu'à sa redécouverte en 2002 par le collectionneur Jean-Gabriel Le Nouvel, et est diffusé par RCJ avant d'être produit en hébreu par Kol Record.
Cette chanson surprend de nombreux observateurs, notamment parce que Gainsbourg, bien que juif, ne s'était jamais manifesté publiquement en faveur d'Israël et n'avait jamais visité le pays. Dans une interview en 1982, Gainsbourg exprime son ambivalence vis-à-vis de ses origines juives, tout en admettant en 1981 qu'il aurait pu aller se battre en Israël si la situation avait dégénéré, malgré son aversion pour le conflit direct.
Serge Gainsbourg et ses muses
À la fin de 1967, Serge Gainsbourg vit une brève mais intense romance avec Brigitte Bardot, pour qui il écrit plusieurs chansons emblématiques comme "Harley Davidson," "Bonnie and Clyde," et "Je t'aime... moi non plus." Ce dernier titre, enregistré avec Bardot en décembre 1967, est gardé secret à sa demande et ne sera publié qu'en 1986. En 1968, Gainsbourg sort l'album Bonnie & Clyde, suivi de Initials B.B., qui contient plusieurs de leurs collaborations.
En 1968, sur le tournage du film Slogan, Gainsbourg rencontre Jane Birkin, récemment séparée du compositeur John Barry. Ils enregistrent ensemble "Je t'aime… moi non plus" et "69 année érotique," devenant un couple très médiatique pendant dix ans. Leur album Jane Birkin - Serge Gainsbourg, publié en 1969, rencontre un grand succès.
Vidéo.- Serge Gainsbourg ft. Jane Birkin - Je t'aime...Moi non plus
Gainsbourg dédie à Birkin le titre "Jane B," inspiré par le prélude en mi mineur Opus 28 no 4 de Frédéric Chopin. Tout au long de sa carrière, il emprunte fréquemment à la musique classique, influençant également de nombreux artistes, y compris le rappeur MC Solaar.
Vidéo.- 1979 : Une journée avec Serge Gainsbourg | Archive INA
Quelle est la cause de sa mort ?
Serge Gainsbourg meurt le 2 mars 1991 à l'âge de 62 ans, suite à sa cinquième crise cardiaque, dans son domicile parisien. Avant sa mort, il avait prévu d'enregistrer un album de blues à La Nouvelle-Orléans.
Où repose-t-il ?
Il est enterré dans le cimetière parisien du Montparnasse avec ses parents, Olga et Joseph Ginsburg, et sa tombe devient l'une des plus visitées du cimetière.
Comment ce sont déroulées ses funérailles ?
Les 5 et 6 mars 1991, des milliers de personnes rendent hommage à sa dépouille au funérarium de Nanterre. Son enterrement, le 7 mars 1991, attire de nombreuses personnalités, dont Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Françoise Hardy, Johnny Hallyday et des membres du gouvernement. Catherine Deneuve lit la chanson "Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve" devant sa tombe. Le président François Mitterrand exprime sa tristesse dans un télégramme, soulignant l'impact de Gainsbourg sur la chanson française et la sensibilité de sa génération.
Vidéo.- Serge Gainsbourg - Sea Sex and Sun (Clip officiel)
Une pluie d'hommages pour Gainsbourg
Suite à l'annonce de sa mort, de nombreux hommages lui sont rendus :
Médias et Télévision
De nombreux médias rendent hommage à Gainsbourg, célébrant son impact sur la musique et la culture française. Des émissions spéciales lui sont consacrées, retraçant sa carrière et ses contributions artistiques.
Publications et Discours
Des articles et des publications sont rédigés pour honorer sa mémoire, analysant son œuvre et son influence sur la musique et la société. Des discours officiels et des déclarations de personnalités du monde de la culture et de la politique célèbrent son héritage artistique.
Musée et Commémorations
Sa maison au 5 bis rue de Verneuil devient un lieu de pèlerinage pour ses fans, recouverte de graffitis et d'hommages artistiques. Des projets de musées ou de lieux dédiés à sa mémoire sont envisagés pour conserver et exposer son héritage artistique.
Concerts et Spectacles
Des concerts et spectacles sont organisés en son honneur, avec des artistes interprétant ses chansons emblématiques. Des albums de reprises et des compilations de ses œuvres sont publiés, contribuant à perpétuer son héritage musical.
Vidéo.- Gainsbourg, 30 ans de provocation à la télévision | Archive INA
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