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Le photographe Robert Capa a posé son appareil photo à 40 ans
Le photographe Robert Capa a posé son appareil photo à 40 ans
Robert Capa est célèbre en tant que photojournaliste de guerre renommé pour ses images emblématiques capturées lors de conflits tels que la guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale. Son travail incarne le courage et la puissance visuelle du photojournalisme. Il est décédé le 25 mai 1954 à Thái Bình (Indochine française), à l'âge de 40 ans.
Gerda Taro, Public domain, via Wikimedia Commons
Mis à jour le 15 avr. 2025
Robert Capa, pseudonyme d'Endre Ernő Friedmann, est né le 22 octobre 1913 à Budapest en Hongrie. Issu d'une famille juive hongroise non pratiquante, il était un photojournaliste célèbre pour ses images de guerre emblématiques. Malgré une adolescence agitée et des débuts modestes dans le journalisme à Berlin, il a su capturer l'essence des conflits mondiaux, de la guerre civile espagnole à la Seconde Guerre mondiale, laissant un héritage indélébile dans le domaine du photojournalisme.
Si ta photo n'est pas assez bonne, tu n'es pas assez près
Les débuts tumultueux de Robert Capa
Robert Capa rencontre Simon Guttmann, le propriétaire de l'agence Dephot (Deutscher Photodienst), qui lui fournit un appareil Leica pour travailler comme assistant et couvrir des reportages sur la vie quotidienne à Berlin. Son premier sujet est Léon Trotski, pour qui il part à Copenhague en novembre 1932 afin de photographier une conférence organisée par des étudiants sociaux-démocrates. À la suite de menaces d'assassinat, Capa capture des clichés publiés par le magazine Der Welt Spiegel. Fuyant l'Allemagne nazie en 1933 et les régimes autoritaires en Autriche, il s'installe finalement à Paris à l'automne 1934.
En sa mémoire
Pour rendre hommage à Monsieur Robert CAPA, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageVidéo.- ROBERT CAPA #Photographe
De l'émigration à la création d'un mythe photographique
À Paris, Robert Capa rencontre Henri Cartier-Bresson et d'autres émigrés juifs, adoptant le prénom français "André Friedmann". Il entame une relation avec Gerda Taro et travaille comme photographe, notamment pour le magazine VU. En 1936, Taro invente un photographe américain nommé Robert Capa, tandis qu'André devient son assistant.
Sous ce pseudonyme, il capture des moments emblématiques du Front populaire français et participe à la création de l'agence Alliance-Photo.
Vidéo.- Robert Capa
Témoignage visuel de la guerre civile espagnole
En août 1936, Robert Capa et Gerda Taro partent comme correspondants de guerre pour couvrir la guerre civile espagnole du côté républicain, publiant leurs reportages dans les magazines Vu et Regards. Capa se concentre d'abord sur les portraits des combattants républicains avant de documenter les combats, notamment à Madrid en novembre et décembre 1936. Ses images, comme "La Capitale crucifiée", deviennent emblématiques du conflit et marquent l'histoire du photojournalisme. À travers ses publications dans des magazines français tels que Ce soir, il affirme ouvertement son engagement antifasciste.
Pendant son séjour en Espagne, Robert Capa capture l'image emblématique de la guerre civile espagnole, intitulée "Mort d'un soldat républicain", représentant un milicien républicain tombant après avoir été touché par une balle. Cette photo devient une icône du conflit mais suscite plus tard une controverse sur son authenticité. Des recherches remettent en question le lieu et les circonstances de la prise de vue, alimentant des doutes quant à la mise en scène de la scène par Capa. Malgré cette polémique, l'image demeure un symbole poignant de la brutalité de la guerre.
Azamheshmati, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La tragédie de Gerda Taro : impact sur la vie de Robert Capa
Après son retour à Paris, Robert Capa apprend la mort tragique de Gerda Taro, survenue le 26 juillet 1937 lors des combats de la bataille de Brunete en Espagne. Cette perte marque un tournant profond dans sa vie, et il affirmera jusqu'à la fin de ses jours qu'ils étaient unis par le mariage. La photographie de Capa représentant Gerda Taro, publiée dans Ce soir pour annoncer sa mort, devient emblématique de cet événement. Accusé par la famille de Taro d'avoir envoyé la jeune femme à sa mort, Capa fait face à des répercussions personnelles douloureuses, même lors de l'enterrement au cimetière du Père-Lachaise. Ce drame laisse des séquelles émotionnelles profondes, transformant Capa en un homme cynique et désabusé, selon ses contemporains.
Témoin de la Seconde Guerre sino-japonaise
Rijksmuseum, CC0, via Wikimedia Commons
En 1938, Robert Capa est envoyé par le magazine Life pour couvrir la Seconde Guerre sino-japonaise, accompagné du documentariste néerlandais Joris Ivens. Leur reportage inclut la documentation des raids aériens japonais sur Hankou et la bataille de Taierzhuang. Une de ses photos, mettant en scène un enfant chinois en uniforme militaire, fait la une de Life sous le titre "Un défenseur de la Chine".
Cette image lui vaut l'éloge de la revue britannique Picture Post, qui le qualifie de "plus grand photographe de guerre du monde" le 3 décembre 1938.
De Paris à New York, une lutte contre l'adversité
En octobre 1939, confronté aux lois françaises contre les "étrangers indésirables", Robert Capa quitte Paris et émigre à New York pour rejoindre sa mère et son frère, Cornell. Cependant, son statut d'apatride suscite des problèmes juridiques aux États-Unis, où il risque d'être renvoyé en Hongrie. En 1940, devant l'expiration de son visa et l'imminence de son expulsion, il trouve une solution en épousant Toni Sorel, une jeune mannequin, en échange d'un an de leçons de danse offertes par Capa.
Vidéo.- Un musée dédié à Robert Capa
Témoin de la guerre en Afrique du Nord et en Sicile
À New York, Robert Capa est envoyé par le magazine Collier's pour couvrir le front d’Afrique du Nord en 1942, puis il se rend en Sicile pour documenter le débarquement des troupes alliées pour Life. Ses photos captent la souffrance et le courage de la population sicilienne pendant le conflit, et il accompagne les soldats américains dans les moindres recoins, comme près de Sperlinga où il capture une image emblématique du débarquement.
Malheureusement, ses photographies de la victoire d'El Guettar en Tunisie arrivent avec un retard de plus de trois mois à la rédaction de Collier's, entraînant la perte de son contrat. Parallèlement, à Londres, il est impliqué dans des liaisons amoureuses avec Pamela Churchill et Elaine Justin, cette dernière mettant fin à leur relation en se remariant en 1945.
Témoignage pictural du Débarquement en Normandie
Robert Capa est présent le 6 juin 1944 lors du débarquement allié en Normandie sur la plage d’Omaha Beach, documentant l'événement pour Life. Malgré les conditions périlleuses, il capture des images au plus près de l'action, mais la plupart de ses photos sont perdues en raison d'une erreur de traitement.
Seules onze images floues, connues sous le titre de Magnificent Eleven, subsistent. Cette série est toutefois contestée en 2014-2015 par des critiques, remettant en question le récit traditionnel et suggérant que les onze photos existantes sont les seules prises par Capa ce jour-là. Une de ces images, montrant un soldat allié luttant pour sortir de l’eau à Omaha Beach, devient emblématique malgré son flou, reflétant la brutalité de cette journée tragique.
Après la Libération, Robert Capa capture des images des femmes tondues à Chartres, dont la célèbre photographie "La Tondue de Chartres", largement diffusée par Life et d'autres publications. Cette série de clichés offre un témoignage poignant de l'épuration en France après la guerre.
Vidéo.- 6 juin 1944 : derrière les photos mythiques du D-Day (Robert Capa a-t-il menti ?)
Témoignage visuel de la fin de la Seconde Guerre mondiale
Robert Capa exprime le désir de couvrir la libération de Leipzig, ville natale présumée de Gerda Taro, bien que celle-ci soit née à Stuttgart et n'ait vécu à Leipzig que pendant une partie de sa vie. Convaincu que la guerre touche à sa fin, Capa déclare lors d'une interview à la radio qu'il avait l'intention de photographier un dernier combattant, Raymond J. Bowman, mais assiste tragiquement à sa mort devant son objectif. Il apprend également le décès de son ami Ernest Pyle. Le 7 septembre 1945, Capa capture des images des ruines de Berlin ainsi que des célébrations du nouvel an juif.
Robert Capa et Ingrid Bergman : une romance post-guerre à Hollywood
Après la guerre, Robert Capa entretient une liaison d'un an avec Ingrid Bergman, qui est révélée bien plus tard dans son autobiographie. Leur rencontre a lieu au Ritz le 6 juin 1945, et en décembre de la même année, Capa la suit à Hollywood. Là, il travaille comme photographe de mode et de plateau pour l'American International Pictures, notamment sur le film d’Alfred Hitchcock, "Les Enchaînés", inspiré en partie par l'histoire du couple et influencé par leur idylle pour l'écriture du scénario de "Fenêtre sur cour".
Cependant, Capa manifeste des signes de stress post-traumatique, souffrant d'anxiété, d'alcoolisme, de dépression et de problèmes professionnels. Leur relation prend fin à l'été 1946, lorsque Capa décide de partir pour la Turquie, refusant de s'installer quelque part de manière permanente.
Une révolution dans le monde de la photographie
En 1947, Robert Capa, avec David Seymour, Henri Cartier-Bresson, William Vandivert et George Rodger, fonde la coopérative photographique Magnum, rassemblant certains des photographes et photojournalistes les plus renommés au monde. Magnum est créée comme une coopérative plutôt qu'une agence traditionnelle, permettant aux photographes de conserver l'intégralité des droits sur leurs images, une pratique novatrice à l'époque.
La collection Magnum couvre une vaste gamme de sujets, de la famille à la guerre, en passant par la pauvreté, la religion et les célébrités. Parallèlement, Capa entretient une étroite amitié avec l'écrivain américain John Steinbeck, avec qui il voyage en URSS en 1947, aboutissant à la publication de "A Russian Journal", illustré par Capa. À cette époque, il continue également ses activités de photographe de mode.
Quelle est la cause de sa mort ?
Robert Capa est décédé le 25 mai 1954 à Thai Binh, en Indochine (aujourd'hui Vietnam), des suites d'un accident causé par l'explosion d'une mine antipersonnel alors qu'il couvrait la première guerre d'Indochine. Il avait 40 ans.
Où repose-t-il ?
Il est inhumé dans le cimetière quaker d'Amawalk, situé près de New York
De nombreux hommages pour Robert Capa
Après sa mort, Capa a été honoré de plusieurs manières :
Le prix Robert Capa Gold Medal, décerné chaque année par l'Overseas Press Club pour la meilleure photographie de combat ou d'action de l'année.
La création de la Fondation Robert Capa en 1955 à New York, visant à promouvoir le photojournalisme et à préserver l'héritage de Capa.
La publication de nombreux livres et expositions rétrospectives présentant son travail, contribuant à perpétuer sa mémoire et son influence dans le monde de la photographie.
Des hommages et des commémorations régulières lors d'événements liés à la photographie et à l'histoire, ainsi que des mentions dans les manuels scolaires et les études sur le photojournalisme.
Son œuvre continue d'être étudiée et célébrée par les amateurs de photographie et les professionnels du monde entier, soulignant l'impact durable de son travail sur l'art et la documentation visuelle.
La promotion 2004 de l'Institut d'études politiques de Strasbourg a été nommée en l'honneur de Robert Capa.
Son nom a également été attribué à plusieurs voies publiques, notamment une allée à Vannes (Morbihan) ainsi que des rues à Acigné (Ille-et-Vilaine), Cormeilles-en-Parisis (Val-d'Oise), Plouaret (Côtes-d'Armor), Montpellier (Hérault), Madrid (Espagne), Piossasco (Italie) et Louvigny (Calvados).
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