Hommage à Sante CAMILLINI
Mis à jour le 25 mars 2026
Sante, Sante CAMILLINI, ou Santino comme se plaisaient à te nommer nombre de tes parents et amis, tu es né le 6 août 1934, à Bagno di Romagna en Italie, dans une famille de fermiers, ce qui te donnera à jamais l’amour de la terre qu’on retourne, des graines que l’on sème, des fruits et légumes récoltés avec fierté, mais aussi des animaux, les chevaux en particulier. Ces racines toujours tu les chériras, n’oubliant jamais de t’occuper de ton jardin et d’enseigner à tes enfants et petits-enfants l’art de le cultiver, valeur fondamentale à tes yeux.
Second d’une fratrie de 6 enfants (4 sœurs et 1 frère), tu auras toujours un sens aigu de la famille et des responsabilités que cela engendre, voulant toujours le meilleur pour les tiens, travaillant sans relâche pour y parvenir et nous donner une vie plus facile.
En 1950, tu as à peine plus de 16 ans quand tu débarques en France, à Moutiers, village que tu ne quitteras quasiment plus. Tu accompagnes tes parents, avec ton frère et tes sœurs, ton père ayant été recruté pour rejoindre la mine qui avait encore besoin de beaucoup de main d’œuvre à cette époque. En cela tu suivras le même chemin que nombre de tes cousins et familles de Bagno di Romagna et San Piero in Bagno, villages voisins de cette belle province de Romagne, dont les enfants venaient grossir les rangs des travailleurs dont avait besoin la mine de Moutiers. Ce fut le début d’une longue histoire et d’un amour certain pour ce métier de mineur dont tu étais très fier, car après quelques mois passés dans le bâtiment, tu y seras embauché à ton tour. Tu deviendras rapidement chargeur, métier physique et pénible, la mécanisation n’étant pas encore de mise ; elle arrivera quelques années plus tard, et tu t’y adapteras très vite.
A 20 ans tu rencontreras maman (au bal musette bien sûr), séduite par ce bel italien, valseur émérite, qui l’emportera sur sa Vespa. Rapidement vous vous mariez, idylle qui durera presque 70 années, durant lesquelles vous formerez un couple uni et apprécié dans votre commune, où vous fonderez une famille. Deux enfants Marie-José et Denis seront bientôt là pour concrétiser ce rêve d’un bonheur familial, dont l’aboutissement sera la construction d’une maison, de la maison (« casa mia » aurait dit mon grand-père). Pour y parvenir tu deviendras aussi maçon, afin de faire le maximum possible par toi-même. Cela prendra quelques années, jour après jour : après ou avant ta journée de travail à la mine, direction le chantier de la maison. Mais quelle fierté quand elle sera achevée ou presque pour nous accueillir tous, et que d’efforts encore pour la terminer l’entretenir ou la modifier, car bien sûr nul autre que toi ne pouvait s’y atteler : c’était ta maison et tu voulais tout contrôler.
Durant toutes ces années tu seras un modèle d’intégration, ne parlant pas italien à la maison, maîtrisant le français sans accent, de sorte que nous n’avions pas réellement conscience de nos origines. D’ailleurs tu souhaiteras devenir Français, sans doute par reconnaissance pour le pays qui t’avait permis de te réaliser pleinement dans ton travail et dans ta vie sociale et familiale. Ce n’est que bien plus tard que tu retrouveras ton identité italienne en t’investissant énormément dans l’association de jumelage des communes de Moutiers et Bagno di Romagna, reconnaissance tardive des liens familiaux qui unissaient ces deux villages. Le bénévolat associatif, tu l’exerceras aussi au foyer des anciens, toujours disponible pour apporter ton concours aux diverses manifestations organisées, avec ton sens précieux de l'organisation.
Quant à ta vie professionnelle ce ne fut pas toujours un long fleuve tranquille, très vite la crise économique (déjà) touche les mines lorraines, dont le minerai n’est plus suffisamment rentable, elles fermeront toutes l’une dernière l’autre, Moutiers en 1967. Licencié, tu devras te reconvertir et tu deviendras conducteur d’engins dans les travaux publics pendant une dizaine d’années. Tu reviendras néanmoins à ton métier de cœur pour finir ta carrière à la mine d'Anderny à l’aune des années 80. Durant toute cette vie professionnelle, tu seras également un militant syndical engagé (tu m’as dit un jour être le plus jeune mineur de Moutiers adhérent à la CGT, et je peux rajouter un des plus vieux car à 90 ans tu cotisais encore après avoir durant de longues années avec ton épouse animé la section locale des retraités du village). De toute les grèves et de toutes les manifestations, tu as toujours défendu les valeurs ouvrières et la préservation des acquis sociaux. Ce n’était pas négociable. Attaché aux rites de la mine, tu ne manquais jamais de fêter Sainte Barbe, organisant même lorsque tu seras en retraite les commémorations et traditionnels repas annuels. Occasions parmi d’autres pour valser encore et toujours avec Pierrette ton épouse, qui toujours te sollicitait aussi pour aller aux thés dansants du dimanche.
Côté loisirs, grand amateur de chevaux tu seras un assidu du PMU durant de longues années, bouliste à tes heures, éternel bricoleur et surtout jardinier dans l’âme : pas un jour sans faire un tour au jardin pour le bichonner en amoureux du travail bien fait. En résumé, une vie d’engagement au travail, pour ta famille, tes amis et les associations que tu as servies.
Tous réunis ce jour, ta famille, tes amis, tous ceux qui un jour ont croisé ta route et ne l’ont pas oublié, nous te rendons hommage et te disons adieu. Nous tous savions pouvoir compter sur toi, en homme d’engagement qui tenait sa parole, pas toujours très disert, exprimant peu ses sentiments, fidèle en amitié, parfois intransigeant et le faisant savoir. Tu avais des valeurs fortes : loyauté, droiture, sens du devoir et amour du travail bien fait. Ces engagements m’auront profondément marqué et donné quelques certitudes précieuses pour conduire ma vie. Et même si tu le montrais peu, je sais que tu aimais très fort tes enfants, tes petits-enfants et arrière-petits-enfants (les soleils qui auront éclairés tes derniers jours à l’EHPAD de Mars-la-Tour), tu as toujours voulu le meilleur pour nous tous.
Adieu papa, adieu papy, je suis sûr qu’avec maman que tu as désormais rejointe, vous continuerez à veiller sur nous.