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Son père décède alors qu’il a 2 ans : comment se construire sans figure paternelle
Son père décède alors qu’il a 2 ans : comment se construire sans figure paternelle
Il n’a aucun souvenir de son père, emporté par un cancer alors qu’il n’avait que deux ans. Pas de voix, pas d’images, presque pas de traces. Pourtant, toute sa vie, Guillaume Germain a dû composer avec cette absence. De l’enfance à la paternité, il raconte comment il a appris à grandir sans modèle. Un témoignage rare sur le fait de se construire sans père.
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« Je ne me souviens pas de l’annonce du décès de mon père. C’est un tunnel de vide. » Guillaume Germain, avait deux ans et trois mois quand son père est décédé, à l’âge de 36 ans, d’un cancer des poumons. Les seuls souvenirs qu’il a de cette époque, c’est d’être sur le parking de l’hôpital en train de faire du tricycle. « On me disait que papa était là mais on m’expliquait que je ne pouvais pas y aller. »
Le reste est plus de l’ordre des perceptions que de souvenirs clairs. « Cela peut paraitre trivial et dur, mais je ne ressens ni manque, ni souvenirs difficiles. C’est une page blanche. » Pour autant, le sujet n’était pas tabou à la maison.
« Je ne sais pas qui il était »
C’est au fil des années que Guillaume « découvre » son père. Quand certains lui voyaient des ressemblances, des points communs, une attitude, une posture… « A mesure que j’ai grandi, je me suis demandé d’où je venais. On me disait que je lui ressemblais mais moi, je ne sais pas qui il était. Je m’en suis voulu de ne pas avoir ce sentiment de manque, de tristesse. Les larmes ne me viennent pas. J’ai plus le regret de ne pas avoir partagé des choses avec lui. Mais je pense plus à lui qu’à moi. Une forme de frustration qu’il ne m’ait pas vu grandir. Ce qui m’ennuie vraiment, c’est de ne pas avoir de manque. Est-ce normal ? Je n’aurai jamais la réponse. »
« A mesure que j'ai grandi, je me suis demandé d'où je venais. On me disait que je lui ressemblais », confie Guillaume Germain.
Guillaume a grandi très entouré de sa maman « qui a eu un rôle capital », de ses grands-parents et de son oncle. Une force que cette famille unie, bien que restreinte. Au fil du temps, les liens ont été plus lointains du côté paternel.
« Ce n’était pas une volonté, absolument pas. Mais ils n’étaient pas sur place pour me garder. Maman a toujours continué à créer ce lien mais avec la distance, ce n’était pas la même chose. » Une grand-mère paternelle qui avait eu la douleur de déjà perdre une fille, qui s’est noyée à l’âge de 6 ans, ainsi que son mari. Une dure réalité de la vie.
Une figure masculine
Enfant unique, il a surtout lié un lien très fort avec son grand-père paternel. Sans pour autant y voir un papa de substitution. « J’y voyais une image paternelle mais lui était dans son rôle de grand-père. Le grand-père n’est pas celui qui dispute, il n’a pas un rôle éducatif premier. C’était donc une image très souple, très libérale. Il m’a permis de faire ce que j’aime. »
Aujourd’hui papa de deux enfants, Guillaume reconnait avoir de fait « du mal avec l’autorité éducative » auprès de ses garçons. Cette figure masculine, l’a accompagné dans tous ses projets. Jusqu’au départ. Un deuil douloureux pour Guillaume.
En sa mémoire
1 hommage
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Rendre hommage« Je n'ai jamais dit papa »
Comment grandir sans papa ? Comment se construire ? Comment vivre sa paternité ? C’est ce dernier point qui a peut-être été plus complexe. « Je n’ai jamais dit papa. Je savais que là j’allais le recevoir et je me demandais comment j’allais construire ce rôle. » A l’heure où la question d’avoir un enfant s’est posée, Guillaume a traversé une période de questionnements et a fait le choix d’observer les autres pères. « J’ai butiné ce que j’estimais être le meilleur car, évidemment, je voulais le meilleur pour mes enfants. Mais je suis un père par construction. » Son modèle est finalement une mosaïque de ce qu’il a pu observer ici et là.
Un rôle de père qu'il a aussi peut-être observé dans le regard de celui est devenu son beau-père. « A chaque fois que je dormais chez mes grands-parents, ma grand-mère, très pieuse, me faisait prier le soir pour avoir un 'nouveau papa' ». Lequel est arrivé 6 ans plus tard. Présent, disponible, un jour de fête des pères, Guillaume avait 6 ans, « je lui ai souhaité sa fête. Et il m'a répondu qu'il n'était pas mon père. » Un refus poli. « Mais c'est un peu comme si on offre un cadeau et qu'on te le refuse. On ne refuse pas un cadeau. Pour autant, ça ne m'a pas blessé, mais ça m'a posé un cadre. »
Il ne se passe d’ailleurs pas une journée sans que je pense que ça puisse s’arrêter.
Guillaume Germain
Peur panique des hôpitaux
Ce « pas de chance quand j’étais petit, je le ressens aujourd’hui comme une chance. Car la paternité ressemble à ce que je veux. J’ai choisi mon modèle de père, de ce que je veux être. Alors que souvent, on se construit par opposition ou par volonté de ressembler. »
De caractère hyperactif à l’adolescence, il s’est lancé dans une course contre la montre. « Je me disais que le temps pouvait être court, qu’il pouvait m’arriver quelque chose. Il ne se passe d’ailleurs pas une journée sans que je pense que ça puisse s’arrêter. »
De l’angoisse ? « Non, de la pleine conscience. J’ai en revanche une peur panique des hôpitaux qui pour moi ne sont pas des lieux de soins mais des lieux de fin. »
« Je savoure ma paternité »
Plus angoissé par la souffrance que par la mort, il confie que la dignité humaine est au cœur de ses convictions. « On doit toujours la défendre. Je ne supporte pas de voir les autres souffrir » confie-t-il avec une tendance marquée à faire passer les autres avant lui. La venue au monde de ses deux enfants a changé la donne. Guillaume a mis un pied sur le frein. « On dit que les 1000 premiers jours de vie sont capitaux. Moi qui allais toujours vite, je prends le temps de voir mes enfants grandir. Il n’y a pas plus important que ça. Le temps avec eux est irremplaçable. Je savoure ma paternité. » Quitte d’ailleurs à refuser des opportunités professionnelles qui auraient trop impactées sa vie personnelle. « Je veux qu’ils se sentent bien dans leurs baskets. Ce que je leur laisse, ça les accompagnera toute leur vie. »
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