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Témoignages

Attentat de Nice : il y a dix ans, ils étaient sur place et ils témoignent

Il y a 10 ans, Nice connaissait le pire. L’attentat du 14-Juillet a eu de nombreuses conséquences humaines, politiques, sécuritaires et judiciaires. Parmi les victimes, des adultes et des enfants de toutes les nationalités. Une tragédie humaine qui a profondément marqué la France. 

Emilie Marin - Mis à jour le 14 juil. 2026

Les Niçois l'appellent la Prom. C'est là que tout s'est joué.
Ce 14 juillet 2016, plus tôt dans la journée, sur la Promenade des Anglais, sur la plage ou dans les cafés, l'heure était à la détente.
Certains fêtaient leur bac, d'autres sirotaient un verre. Il faisait beau et chaud et les feux d'artifice annoncés pour cette fête nationale allaient être magnifiques.
Assez tôt, des badauds ont cherché l'emplacement idéal pour savourer le spectacle. Des vacanciers, des locaux, des parents, des enfants, des ados, des jeunes en virée... Le sourire aux lèvres. Personne n'imaginait le pire. Mais le pire s'est produit. C'était il y a 10 ans. 
86 personnes sont décédées. Des centaines d'autres ont été blessées. Des familles entières décimées. Tous marqués à vie par le traumatisme qu'ils ont vécu. Un deuil national de trois jours a été décrété en France. Des larmes, des fleurs, des bougies. Une tragédie humaine encore très vive dans les esprits.
Elles étaient sur place. Avec leurs enfants, avec des amis. Elles ont tout vécu. Ou sont arrivées en renfort après les faits. Elles témoignent...

Ce fameux camion blanc que certains ont vu arriver et, hélas, d'autres pas. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Ce fameux camion blanc que certains ont vu arriver et, hélas, d'autres pas. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Valérie T. de Nice : des années de trauma

« Dos au Palais de la Méditerranée, j'avais choisi le meilleur emplacement pour le feu d'artifice.
Une fois celui-ci terminé, mes enfants, mon mari et moi nous nous sommes faufilés le plus vite possible car le temps était menaçant.
Des bruits de pétards surgissent - pas étonnant pour un 14-Juillet ! - et une foule court tout à coup vers le vieux Nice en hurlant.
Panique justifiée ou simple mouvement de foule ?
Une policière est en face de moi avec un talkie-walkie. Son visage change, son regard s'assombrit. Je comprends qu'il se passe quelque chose. Apparemment un attentat. C'est ce que les gens crient en tout cas. Mais où ? Qui ? Comment ?
Nous courons aussi ! Je perds mon fils dans la foule... une angoisse indescriptible. Que faire ? Continuer à courir avec ma fille ou s'arrêter pour le chercher ?
On finit par se regrouper devant un restaurant. On entre, pour se réfugier. Mais où ? Sous une table ? Dans les toilettes ? Qu'est-ce qui protège le plus ?
Les gens sont en panique. Un homme hausse le ton afin de calmer une femme qui crie. » 

On entend tout et son contraire 

« Nous ne sommes pas d'accord sur la stratégie : rester et risquer d'être pris au piège ou sortir et s'exposer. On fait le choix de la deuxième option.
Mais où sont-ils, ces gens qui risquent de nous tuer ? On entend tout et son contraire. On avance. Si ça tire ici, est-ce que j'aurai le temps de sauter me réfugier ? Si je me mets sur ma fille, que je la tiens par la main, est-ce que les balles me traverseront ou mon corps la protègera ? Quelle est la direction la plus sécurisée ?
On croise des militaires, on les interroge, ils nous conseillent d'aller en direction du théâtre, de rentrer chez nous et de nous enfermer.
On passe la nuit à regarder ces images choquantes et au téléphone, avec nos proches.
Des jours, des semaines, des mois, des années de trauma. Encore maintenant, il nous est difficile d'y repenser.
Lors de mon premier retour sur la Promenade des Anglais, j'ai eu une crise de panique. Cet endroit où j'allais à la plage durant toute ma jeunesse avait pris une autre signification. Je pense à eux : les victimes, les familles, les témoins de ce massacre. Je culpabilise même. Dans notre malheur, nous avons eu de la chance. Pour nous, tout s'est joué à quelques mètres, à quelques secondes. Je n'oublierai jamais. On ne vous oubliera jamais. »

Valérie se souvient du bruit, de la panique et des moindres infos qu'ils pouvaient glaner auprès des autorités pour se mettre en sécurité. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Valérie se souvient du bruit, de la panique et des moindres infos qu'ils pouvaient glaner auprès des autorités pour se mettre en sécurité. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Cassandra G. de Nice : « Je fêtais mon bac »

« J'étais sur la plage, sur la Promenade des Anglais, avec des amies. On fêtait l’obtention de mon bac. Nous avions envie d’aller aux toilettes, alors nous avons remonté les escaliers afin de partir vers le MacDo.
Tout à coup, une foule immense s’est mise à nous passer devant en courant. Une fois en haut des escaliers, le camion nous est passé devant en écrasant tout le monde sur son passage.
Nous avons décidé de fuir en direction du vieux Nice pour se réfugier.  Mais prise de panique lorsque j'ai entendu des coups de feu, je suis restée cachée derrière une voiture. Un monsieur m'a alors tiré le bras pour m'emmener dans un restaurant. »

Au-delà de Nice, c'est toute la France qui a vécu ce drame. Et de nombreuses marques de soutien  ont été déposées sur la Promenade des Anglais. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Au-delà de Nice, c'est toute la France qui a vécu ce drame. Et de nombreuses marques de soutien  ont été déposées sur la Promenade des Anglais. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Laetitia R. de Nice :  « J'ai vu le camion nous foncer dessus  ! »

« Je suis une victime directe de l'attentat de Nice.  Dans mon malheur, j'ai eu la chance de voir le camion nous foncer dessus et du coup de nous en sortir.
Ma fille et moi, nous sommes reconnues comme des victimes psychologiques.
Après l'attentat, se sont ensuivies deux années et demies terribles, avec psychiatre, antidépresseurs, arrêt de travail, divorce. 
Et puis un jour, le déclic de vouloir s'en sortir  ! Ce n'est pas simple de reprendre une vie professionnelle et de trouver les bonnes personnes pour vous aider. 
Après une reprise de travail à mi-temps à la mairie de Nice, j'ai décidé de choisir le métier de conseillère funéraire.  Métier que j'ai commencé à exercer en juillet 2023 et que j'exerce toujours aujourd'hui, avec une immense fierté. Et avec beaucoup, beaucoup d'empathie. »

Hélène faisait partie de la Sécurité civile. Appelée, elle est rapidement arrivée sur les lieux pour apporter son aide aux soignants. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Hélène faisait partie de la Sécurité civile. Appelée, elle est rapidement arrivée sur les lieux pour apporter son aide aux soignants. Photo PQR / Nice Matin / MaxPPP

Hélène T. de Nice  : « J'ai mis 5 ans avant de conduire sur la Promenade

« Je me souviens de ce jour néfaste. Le matin, je traversais la Suisse puis l'Italie. On m'a proposé d'aller voir les feux d'artifice à Nice. J'ai refusé. Trop de monde pour moi. 
On était à Cap 3000 (centre commercial proche de la banlieue de Nice NDLR), à la sortie du parking.
Personne ne faisait de bruit. Les voitures se suivaient gentiment alors que d'habitude, ça klaxonne.
Arrivée chez moi, je reçois un texto : tu es en sécurité  ? Je ne comprends pas. Je téléphone. Où sont mes fils ? Et les petits, où sont-ils ? On me répond qu'ils sont à l'abri, en montagne. Ouf  !
Et puis la Sécurité civile nous appelle le soir-même.  Nous étions attendus rue Arson, il me semble.
Toutes les rues étaient bloquées. Sirènes, ambulances, policiers, gendarmes, médecins, infirmières, GIGN, etc. En mode guerre  ! »

Soutenir les équipes de professionnels

« Jamais notre vie n'a été aussi triste. Avec nos petits gobelets de café et de chocolat, des boissons, nos mains tremblantes, nous étions là, à soutenir toutes les équipes de professionnels. Ils étaient tous là. Le tutoiement était de rigueur. 
Notre vie n'a plus jamais été pareille. 
Je me souviens de ce petit garçon de 3 ans dans nos  bras. Il était en slip et tee-shirt. Nous l'avons lavé et lui avons donné un petit gâteau. Nous le câlinions. Son papa avait les yeux explosés. Il cherchait la maman du tout-petit, disparue dans cette tragédie. Je pense souvent à eux.
Puis des amies ont escaladé la MGEN. Ils n'avaient pas de clés. Avec la présence de la police et du préfet, ça a été ouvert. Il fallait trouver des empreintes dentaires de jeunes.
Etant maman et mamie, ces moments furent douloureux, insurmontables. C'est atroce rien que d'y penser.
Alors un grand merci à tous les métiers qui sont intervenus. Merci à la Sécurité civile de Nice d'avoir réagi très vite. 
Plus jamais ce drame. J’ai mis 5 ans avant de conduire sur la Promenade. Je ne pouvais pas.
Aux petits anges de la Promenade, vous n'êtes pas oubliés. »