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Zéno Bianu, poète français et figure majeure de la poésie francophone, disparaît à 75 ans

Zéno Bianu, poète, dramaturge, orientaliste et traducteur franco-roumain, est décédé vendredi 9 janvier 2026 à Paris à l'âge de 75 ans, a annoncé son éditeur Gallimard. Figure majeure de la poésie francophone contemporaine, Zéno Bianu incarnait une conception radicale de la poésie comme art vivant sans frontières.

Sugar Girl, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Sugar Girl, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Mis à jour le 12 janv. 2026

Né Zéno Bianu le 28 juillet 1950 à Paris d'une mère française et d'un père roumain réfugié politique, Zéno Bianu grandit dans une double filiation : celle de l'Occident français et celle de l'Orient. Très jeune, il se tourne vers la littérature, davantage par les revues, les rencontres et les scènes de lecture que par une carrière académique classique. En 1971, à seulement 21 ans, Zéno Bianu signe avec quinze autres poètes le Manifeste électrique aux paupières de jupes, texte fondateur qui secoue le paysage poétique français des années 1970. Ce geste marque durablement son orientation : une poésie qui refuse de se limiter à la page, cherchant la voix, le rythme, la scène et le contact direct avec le public.

Une œuvre protéiforme traversant les arts et les cultures

Zéno Bianu produit une cinquantaine de livres explorant la poésie, le théâtre, l'essai, la traduction et l'Orient. Sa particularité réside dans sa refus radical de cantonner la poésie à la page écrite : il la porte sur les scènes, l'accompagne de musique, en fait un spectacle vivant où interviennent musiciens comme Denis Lavant ou Jean-Marc Barr. Parmi ses œuvres majeures figurent Infiniment proche et Pierrot solaire (Gallimard), ainsi que ses trilogies consacrées à Chet Baker, Jimi Hendrix et John Coltrane, où il s'attache à restituer la « note bleue » de ces artistes.

Vidéo. - Un point ouvert dans le ciel, Zéno Bianu

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Vers l'Orient et la spiritualité

Lors de son premier séjour en Inde en 1973, Zéno Bianu découvre des traditions poétiques et spirituelles qui marquent durablement sa vision créative. Son voyage au Tibet en 1986 approfondit cette quête, se reflétant dans Mantra (1984), La Danse de l'effacement (1990) et Traité des possibles (1997). Il compose aussi des anthologies de haikus et de poésies classiques chinoises, cherchant à tisser un dialogue entre la modernité française et les sagesses d'Asie. Ses essais, notamment Krishnamurti ou l'insoumission de l'esprit (Seuil, 1996), explorent la pensée spirituelle orientale comme quête de justesse et de présence au monde.

Une vie de transmission généreuse

Zéno Bianu fonde en 1992 Les Cahiers de Zanzibar, revue « hors de tout commerce » avec Alain Borer, Serge Sautreau et André Velter, plateforme de rencontre poétique. Au début des années 2000, il dirige la collection « Poésie » aux éditions Jean-Michel Place, réunissant deux poètes à chaque volume. Il participe à plus d'une centaine de livres d'artistes et publie des anthologies généreuses : Poèmes à dire, une anthologie de la poésie francophone contemporaine (Gallimard) pensée sous l'angle de l'oralité, El Dorado : poèmes et chants des Indiens précolombiens avec Luis Mizón (Seuil, 1999). Reconnu par le Prix international de poésie francophone Ivan Goll (2003) et le Prix Robert Ganzo (2017), Zéno Bianu reste avant tout un « best-seller souterrain », selon sa propre formule, circulant largement en librairie mais restant discret auprès du grand public.

Quels sont les principaux ouvrages publiés par Zéno Bianu et chez quels éditeurs ?

Zéno Bianu a publié une cinquantaine de livres principalement aux éditions Gallimard (notamment Infiniment proche et Pierrot solaire), au Castor Astral, chez Seuil (Krishnamurti, l'insoumission de l'esprit, ou El Dorado), Jean-Michel Place et d'autres maisons. Ses œuvres couvrent des domaines aussi variés que la poésie pure, les trilogies musicales consacrées aux jazzmen, les essais spirituels et les anthologies de poésies classiques ou contemporaines.

Quel est le rôle exact du Manifeste électrique aux paupières de jupes de 1971 dans l'histoire de la poésie française ?

Signé par Zéno Bianu et quinze autres poètes en 1971, ce manifeste représente un tournant décisif dans la poésie française des années 1970 en revendiquant une poésie d'oralité, de performance et de liberté. Il symbolise la rupture avec une certaine poésie académique et pose les fondations de ce que Zéno Bianu défendra toute sa vie : une poésie vivante, incarnée, partagée directement avec le public plutôt que confinée au silence de la lecture privée.

Pourquoi Zéno Bianu est-il resté moins médiatisé que d'autres poètes français malgré son influence reconnue ?

Zéno Bianu lui-même se définissait comme un « best-seller souterrain », circulant largement dans les cercles littéraires, en librairie indépendante et dans les festivals (Avignon, Atlantide), mais restant volontairement éloigné de la télévision et de la culture médiatique de masse. Cette discrétion était cohérente avec sa philosophie : privilégier le contact direct, la rencontre en chair et en os, la transmission orale plutôt que la célébrité publique.

L'héritage d'un homme sans frontières

Zéno Bianu laisse l'image d'un poète profondément libre, qui n'a cessé de déplacer la poésie d'un lieu à l'autre, d'un art à l'autre, d'une culture à l'autre. Ses adaptations théâtrales : Le Chevalier d'Olmedo de Lope de Vega, L'Idiot, dernière nuit d'après Dostoïevski, jouées au Festival d'Avignon et à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, prouvent que pour lui dire un poème en présence d'autres est un acte aussi essentiel que l'écrire.

Il disait :

C'est l'oralité qui a sauvé la poésie. Le retour au souffle, à la volonté d'échanger par les mots et de retrouver la gourmandise et le plaisir du texte.

Zéno Bianu

Wikimedia Commons

Wikimedia Commons

Zéno Bianu meurt en laissant une œuvre où écrire, dire, traduire et transmettre relevaient d'un même geste : chercher, par le poème, une intensité de présence au monde.