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Homayoun Ershadi, figure emblématique du cinéma iranien, est mort à l'âge de 78 ans
Homayoun Ershadi, figure emblématique du cinéma iranien, est mort à l'âge de 78 ans
Il laisse derrière lui un héritage cinématographique remarquable, marqué par une découverte tardive mais éclatante en tant que comédien, une triple vie comme architecte, acteur iranien et vedette de productions internationales, et une influence profonde sur le cinéma d'auteur du XXe siècle.
Mis à jour le 17 nov. 2025
Homayoun Ershadi, figure majeure du cinéma iranien et international, s'éteint mardi 11 novembre 2025 à son domicile de Téhéran à l'âge de 78 ans, emporté par un cancer. Sa famille confirme la disparition d'une personnalité exceptionnelle. Sa mort suscite une vague d'émotion considérable dans les milieux du cinéma mondial : Abbas Kiarostami (réalisateur qui l'a découvert), les cinéastes Alejandro Amenábar et Kathryn Bigelow, ainsi que d'innombrables acteurs et critiques cinématographiques saluent son talent singulier, son charisme intellectuel et la profondeur de ses interprétations.
Une seconde vie : de l'architecte au cinéma
Né à Ispahan le 26 mars 1947, Homayoun Ershadi poursuit d'abord une carrière dans l'architecture. Après des études à l'université IUAV de Venise, qu'il termine en 1970, il exerce ce métier en Iran pendant plusieurs décennies, acquérant une solide expérience professionnelle. Cet univers rationnel et maîtrisé contraste singulièrement avec sa découverte fortuite au cinéma. C'est en 1997, à cinquante ans, qu'Abbas Kiarostami le repère dans le trafic routier de Téhéran et le propulse vers une destinée artistique inattendue. Réputé pour son travail avec des acteurs non professionnels, Abbas Kiarostami voit en Homayoun Ershadi le parfait incarnation de M. Badii, le personnage énigmatique de Le Goût de la cerise.
Vidéo. - Le goût de la cerise (1997) bande annonce
En sa mémoire
Pour rendre hommage à Monsieur Homayoun ERSHADI, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.
Rendre hommageUn chef-d'œuvre pour débuts cinématographiques
Le Goût de la cerise, chef-d'œuvre de la cinématographie iranienne, remporte la Palme d'or au Festival de Cannes en 1997, ex-aequo avec L'Anguille de Shohei Imamura, sous la présidence du jury d'Isabelle Adjani. Dans ce film hymne à la réflexion et à la rédemption, Homayoun Ershadi interprète un homme d'âge mûr qui sillonne les environs de Téhéran en automobile, offrant de l'argent à des étrangers en échange de l'accomplissement d'une mission morbide : l'ensevelissement rituel après son suicide. Soldat, chômeur, ouvrier : tous rejettent sa proposition jusqu'à la rencontre avec un vieux taxidermiste azéri qui accepte le marché mais entreprend une tentative de persuasion poétique, rappelant au candidat à la mort la saveur simple de la vie : le goût de la cerise.
Son regard voilé, ses paupières sombres et sa voix monotone confèrent à Ershadi une présence hypnotique. Les critiques internationales remarquent l'intelligence émotionnelle de sa performance ; son absence totale d'artifice de comédien crée une authenticité brute et inoubliable, transformant un début tardif en apothéose du jeu d'acteur.
Vidéo. - Le goût de la cerise d'Abbas Kiarostami - Palme d'or 1997
Une carrière internationale marquante
Après la reconnaissance cannoise, Homayoun Ershadi poursuit une trajectoire cinématographique remarquable, oscillant entre productions iraniennes et réalisations internationales de prestige. Il partage l'affiche avec les réalisateurs essentiels du cinéma contemporain :
- Dariush Mehrjui dans Le Poirier (1998).
- Baba dans Les Cerfs-volants de Kaboul (2007), l'adaptation cinématographique du roman emblématique de Khaled Hosseini
- Alejandro Amenábar dans Agora (2009) où il incarne le philosophe Aspasius aux côtés de Rachel Weisz.
- Il est également apparu dans Zero Dark Thirty (2012) de Kathryn Bigelow, film nominé aux Oscars qui retrace la traque d'Oussama ben Laden.
- Dr. Faisal Abdullah dans Un homme très recherché (2014), thriller d'espionnage britannique aux côtés de Philip Seymour Hoffman et Willem Dafoe.
Vidéo. - Les Cerfs-Volants de Kaboul - bande annonce VF
Vie privée : entre deux mondes, architecte du temps
Né dans le contexte sociopolitique de l'Iran contemporain, Homayoun Ershadi traverse plusieurs horizons géographiques et existentiels. Après la révolution islamique de 1979, il émigre au Canada, s'installant à Vancouver où il poursuit sa pratique architecturale pendant plus d'une décennie, opérant une continuité professionnelle dans l'exil. Son mariage avec Susan Karimi lui donne deux enfants.
De retour en Iran en 1990, il réside à Karadj, près de Téhéran, où son univers familial et professionnel demeure enraciné. Cette géographie biographique, Iran natal, exil canadien, retour définitif, incarne la trajectoire personnelle de tant d'intellectuels et d'artistes iraniens du second XXe siècle.
Pourquoi Homayoun Ershadi incarne-t-il l'essence du cinéma d'auteur iranien ?
Parce qu'il représente la philosophie kiarostamienne de l'acteur non professionnel, celui qui porte en lui une vérité brute capable de transcender les techniques de jeu, et qu'il demeure l'archétype du comédien découvert tardivement, prouvant que le talent artistique ignore l'âge et que la maturité enrichit l'authenticité performative.
Comment sa transition d'architecte à acteur redéfinit-elle la notion de réinvention professionnelle ?
Homayoun Ershadi illustre que le passage de l'une à l'autre discipline, architecture, métier de la maîtrise et de la rationalité, vers le cinéma, art de l'émotion et de l'inconstance, n'oppose pas deux mondes mais les réconcilie : sa rigueur architecturale s'exprime dans la composition patiente de ses performances, tandis que sa sensibilité artistique latente s'épanouit enfin à l'écran.
Quelle influence exerce-t-il sur le cinéma international depuis Le Goût de la cerise ?
Homayoun Ershadi ouvre une voie nouvelle aux réalisateurs internationaux : celle de l'utilisation d'acteurs iraniens réputés comme portes-parole d'une autre humanité, d'une profondeur morale et d'une introspection rarement accessibles aux acteurs européens ou nord-américains. Ses prestations dans Les Cerfs-volants de Kaboul, Zero Dark Thirty et Agora démontrent que le cinéma cosmopolite emprunte au fonds du cinéma iranien d'auteur, participant ainsi à une circularité enrichissante des influences artistiques mondiales.
Hommages : le cinéma mondial salue une icône
Dès l'annonce de sa mort, hommages et témoignages inondent les réseaux sociaux. Les réalisateurs qui l'ont dirigé, les acteurs qui ont partagé l'écran avec lui et la communauté cinéphilique mondiale expriment leur affection et leur respect:
Un testament cinématographique inaltérable
Homayoun Ershadi incarne le génie créateur reconnu tardivement mais d'une luminosité incontestable. Son décès marque la fin d'une époque du cinéma contemporain, celle où des talents bruts et humains pouvaient surgir de la rue, transformés par la vision d'un réalisateur visionnaire. Ses films demeurent, patrimoine inaltérable de l'humanité cinématographique. L'architecte devenu acteur laisse derrière lui un édifice de sensibilité et de beauté, une cathédrale émotionnelle que les générations futures de cinéphiles exploreront avec admiration et gratitude.