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Le décès de l'écrivain, scénariste et réalisateur argentin Edgardo Cozarinsky

Edgardo Cozarinsky est un cinéaste, écrivain et artiste pluridisciplinaire argentin, reconnu pour ses œuvres audacieuses et originales, explorant la fiction, l'essai et la culture du monde entier. Il est mort le 2 juin 2024 à Buenos Aires en Argentine, à l'âge de 85 ans.

Ministerio de Cultura de la Nación, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Ministerio de Cultura de la Nación, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Mis à jour le 27 mai 2025

Edgardo Cozarinsky est né le 13 janvier 1939 à Buenos Aires en Argentine, de grands parents immigrés juifs partis de Kiev et d'Odessa à la fin du xixe siècle. Son adolescence a été marquée par les cinémas de quartier diffusant de vieux films hollywoodiens et les romans qu'il dévorait en espagnol, anglais et français. Parmi ses auteurs préférés figuraient Robert Louis Stevenson, Joseph Conrad et le Henry James des récits.

La jeunesse d'Edgardo Cozarinsky

Il a étudié la littérature à l'Université de Buenos Aires tout en écrivant pour des revues cinéphiles argentines et espagnoles. Son premier livre Le Labyrinthe de l'apparence, publié en 1964, était un dérivé d'une thèse sur James. Il l'a plus tard retiré de la vente. À vingt ans, il a fait la connaissance de Borges, Bioy Casares et Silvina Ocampo, des écrivains prestigieux qu'il a fréquentés pendant ses années à Buenos Aires. En 1973, il a obtenu un prix littéraire pour un essai sur le potin comme méthode narrative chez Proust et James. En 1974, il a publié "Borges et le cinéma", un livre qui a été développé à chaque édition et traduction, jusqu'à ce qu'il décide de ne plus le laisser rééditer.

Ses débuts 

Après un séjour de neuf mois en Europe et une visite à New York entre 1966 et 1967, il est rentré à Buenos Aires déterminé à quitter sa vie de dilettante littéraire. Après un bref mais remarqué passage par le journalisme dans la rubrique culturelle d'hebdomadaires comme Primera Plana et Panorama, il a réalisé un premier film underground tourné pendant les week-ends sur une année, sachant qu'il serait interdit par la censure de l'époque. Le film a cependant été projeté dans des festivals européens et aux États-Unis. Son titre, "Points de suspension", était déjà un défi en soi.

La vie parisienne d'Edgardo Cozarinsky

En 1974, fuyant les bouleversements politiques du péronisme et la répression imminente, Edgardo Cozarinsky quitte Buenos Aires pour rejoindre Paris. Là, il s'oriente vers le cinéma, explorant deux catégories distinctes : la fiction et l'essai. Dans cette dernière catégorie, il analyse des sujets documentaires à travers une réflexion personnelle, parfois subjective. Son film le plus connu est sans aucun doute "La Guerre d'un seul homme" en 1981, qui met en parallèle les "Journaux parisiens" d'Ernst Jünger pendant l'Occupation et l'actualité française de la même époque. À une époque où les créneaux culturels de plusieurs télévisions européennes soutenaient la recherche, Cozarinsky a pu développer cette approche dans une série de films très originaux.

Pendant la seconde moitié des années 1970 et les années 1980, son activité littéraire s'est essoufflée. Le seul livre publié pendant cette période, Vaudou urbain en 1985, est devenu un objet de culte. Ce dialogue entre fiction et essai a été préfacé par Susan Sontag et Guillermo Cabrera Infante. En 1985, il retourne en Argentine pour la première fois en onze ans et découvre "un autre pays" après la chute du régime militaire. Trois ans plus tard, il tourne un film en Patagonie, un "southern" intitulé Guerriers et captives. À partir de cette date, il visite son pays natal de plus en plus souvent, y tournant parfois des fragments de ses essais européens.

Les films d'Edgardo Cozarinsky

En 1971 : Points de suspension

En 1990 : Guerriers et Captives

En 1996 : Le Violon de Rothschild

En 2003 : Dans le rouge du couchant avec les acteurs Bérénice Bejo et Didier Flamand

En 2005 : Ronde de nuit 

En 2011 : Nocturnos

En 2013 : Lettre à un père

En 2019 : Medium

En sa mémoire

Pour rendre hommage à Monsieur Edgardo COZARINSKY, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir sur sa page commémorative.

Rendre hommage

Où et quand est-il mort ?

Il s'est éteint le 2 juin 2024 à Buenos Aires en Argentine, à l'âge de 85 ans.

La carrière littéraire et cinématographique d'Edgardo Cozarinsky

Dans les années 1990, Edgardo Cozarinsky réalise ses films les plus audacieux : "Le Violon de Rothschild" et "Fantômes de Tanger" (1995-1996). En 1999, une infection discale le cloue au lit pendant un mois. C'est à cette occasion qu'un cancer lui est diagnostiqué. Cet événement le pousse à se consacrer à l'écriture. Sur son lit d'hôpital, il rédige les deux premières nouvelles de "La Fiancée d'Odessa", un livre qui sera récompensé par plusieurs prix.

Dès lors, son activité cinématographique se fait plus rare et il se consacre pleinement à l'écriture, publiant "tous les livres qu'il n'avait pas mis sur papier" : fictions, essais, chroniques. Il est immédiatement reconnu comme un écrivain majeur et ses œuvres sont traduites en plusieurs langues. Cozarinsky partage son temps entre Buenos Aires et Paris. Son goût pour la nouveauté le pousse à explorer d'autres domaines artistiques. En 2005, il écrit et met en scène une pièce de théâtre ("Squash"), un micro-opéra ("Raptos") et joue aux côtés de son médecin dans une pièce de théâtre documentaire. En 2008, il compose le livret d'un opéra de chambre sur la musique de Pablo Mainetti.

Son œuvre littéraire est saluée par la critique et reçoit de nombreux prix, tels que le Prix García Márquez, le Prix de l'Académie Argentine de Lettres et le Prix de la Ville de Buenos Aires. Son travail cinématographique fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque Française en 2019. Véritable nomade, Cozarinsky a tourné ses films dans de nombreuses villes du monde, de Buenos Aires et Paris à Tanger, Vienne, Rotterdam, Tallinn, Grenade, Budapest, Saint-Pétersbourg, Séville et en Patagonie. Pour lui, Buenos Aires est la capitale de l'amitié et du plaisir, tandis que Paris est le plus grand magasin de culture.

En 2019, une rétrospective sur l'artiste est réalisée à la Cinémathèque française.