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La mort du politicien français Jacques Delors
La mort du politicien français Jacques Delors
Surnommé le ''père de l'Euro'', l'homme politique français et ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, est décédé le 27 décembre 2023 à Paris, à l'âge de 98 ans.
Remi Jouan, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Mis à jour le 26 déc. 2024
Jacques Delors est né le 20 juillet 1925 à Paris, en France.
Originaire du Lonzac en Corrèze, Jacques Delors est le fils de Louis Delors, qui travaillait en tant qu'encaisseur à la Banque de France et était un catholique pratiquant, et de Jeanne Joséphine Rigal, née à Paris mais originaire du Cantal.
Après avoir brillamment obtenu son certificat d'études avec mention « très bien », Delors poursuit ses études secondaires dans différents lycées prestigieux tels que le lycée Voltaire à Paris, le lycée Émile-Duclaux à Aurillac et le lycée Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand.
En 1950, il décroche une licence en droit avec une mention en économie politique à la Faculté de droit de Paris.
Pour que l'Union européenne fonctionne, il faut la compétition qui stimule, la solidarité qui unit et la coopération qui renforce
Par la suite, il débute sa carrière à la Banque de France en tant que « rédacteur » et s'engage en tant que syndicaliste au sein de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).
Il est également diplômé du Centre d'études supérieures de banque (CESB) en 1950.
Il occupe différents postes au sein de la Banque de France, évoluant du rang de chef de service à celui d'attaché au cabinet du directeur général des titres et du marché monétaire, entre 1945 et 1962.
En sa mémoire
93 hommages
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Rendre hommageMort de Jacques Delors à 98 ans, le dernier grand architecte de l’Europe
Son parcours syndical vers le socialisme démocratique
Jacques Delors s'est engagé dans le syndicalisme en rejoignant la CFTC, un syndicat initialement influencé par la droite démocrate chrétienne dans les années 1950.
Toutefois, il s'est rapidement rallié au groupe minoritaire Reconstruction, qui promouvait des idées socialistes et aspirait à une déconfessionnalisation de la CFTC sous la direction de Paul Vignaux.
Ce mouvement prônait un syndicalisme socialiste et démocratique, s'opposant à des membres chrétiens progressistes proches des idées marxistes.
Paul Vignaux, après la Seconde Guerre mondiale, a bénéficié du soutien financier de syndicats américains, une partie de ces fonds ayant contribué au lancement de Témoignage chrétien, un journal militant pour un engagement chrétien.
Malgré son statut minoritaire initialement, le mouvement Reconstruction est parvenu à prendre le contrôle majoritaire de la CFTC et a contribué à sa transformation en CFDT.
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Ce changement a été marqué par un détachement progressif du syndicat de ses affiliations à la droite MRP pour se rapprocher des partis de gauche.
Entre 1959 et 1965, Jacques Delors a dirigé la revue Citoyens 60 au sein du mouvement personnaliste La Vie nouvelle.
Pendant cette période, il a travaillé en étroite collaboration avec le club Jean-Moulin et a été membre de la section du plan et des investissements du Conseil économique et social.
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Sous le pseudonyme Roger Jacques, il a contribué à la revue Reconstruction en défendant des idées socialistes et démocratiques, inspirées par des courants de pensée anglo-saxons, se distinguant ainsi des concepts marxistes.
Grâce à ses contributions remarquées, Jacques Delors est devenu rapidement un "expert économique" au sein de la CFTC.
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En 1964, il a suivi le courant majoritaire non confessionnel du syndicat, devenu la Confédération française démocratique du travail (CFDT), et depuis lors, il est resté membre de cette organisation.
À un moment donné, il a également été affilié au Parti socialiste unifié (PSU).
Son parcours engagé
En 1962, Jacques Delors rejoint le Commissariat général du Plan en tant que chef du service des affaires sociales et culturelles, occupant ce poste jusqu'en 1969 avant de devenir chargé de mission auprès de Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre jusqu'en 1972.
Il a joué un rôle majeur dans l'élaboration du projet de la « nouvelle société » porté par Chaban-Delmas.
Impliqué dans la concrétisation de cette vision, Delors est crédité de la création des contrats de progrès et a influencé la loi sur la formation professionnelle continue (16 juillet 1971).
De 1969 à 1974, il a également occupé le poste de secrétaire général pour la formation professionnelle et la promotion sociale auprès du Premier ministre.
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De 1973 à 1979, Jacques Delors siège au Conseil général de la Banque de France.
À partir de 1974, il devient professeur de gestion à l'université Paris-Dauphine.
En cette même année, il fonde le club de réflexion politique Échanges et projets avec le syndicaliste patronal José Bidegain.
Son adhésion au Parti socialiste date également de cette période, marquée par son ralliement au courant dirigé par François Mitterrand lors du congrès de Metz, défendant une économie sous l'égide de l'État plutôt que l'aile modérée du Parti socialiste.
Ce choix sera critiqué ultérieurement par Michel Rocard, opposé aux orientations de Delors en faveur d'une économie de marché.
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Delors lui-même affirme que son soutien à Mitterrand était davantage personnel que lié à des convictions idéologiques, comme il l'a mentionné dans ses mémoires.
De 1975 à 1979, il assume le rôle de directeur du Centre de recherche Travail & société.
En 1976, il est nommé délégué national du PS pour les relations économiques internationales, fonction qu'il exerce jusqu'en 1981.
Malgré le souhait de François Mitterrand, Delors décide de ne pas se présenter aux élections municipales de 1977 à Créteil en raison de divisions internes.
Il refuse également de se porter candidat à Roanne, tout en déclinant une opportunité de briguer un siège en Corrèze, son département d'origine, lors des législatives de 1978.
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Delors lui-même affirme que son soutien à Mitterrand était davantage personnel que lié à des convictions idéologiques, comme il l'a mentionné dans ses mémoires.
De 1975 à 1979, il assume le rôle de directeur du Centre de recherche Travail & société.
En 1976, il est nommé délégué national du PS pour les relations économiques internationales, fonction qu'il exerce jusqu'en 1981.
Malgré le souhait de François Mitterrand, Delors décide de ne pas se présenter aux élections municipales de 1977 à Créteil en raison de divisions internes.
Il refuse également de se porter candidat à Roanne, tout en déclinant une opportunité de briguer un siège en Corrèze, son département d'origine, lors des législatives de 1978.
Son parcours ministériel et économique dans la politique française
Il a été élu député européen en 1979 et a occupé le poste de président de la commission économique et monétaire.
Cependant, il a démissionné de cette fonction en 1981 pour prendre un rôle clé au sein du Parti socialiste en tant que président de la commission économique et monétaire.
En 1981, Delors a été nommé ministre de l'Économie et des Finances dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy.
Malgré des opportunités électorales dans sa Corrèze natale face à Jacques Chirac, il a préféré ne pas se présenter, permettant ainsi l'arrivée de François Hollande dans cette circonscription.
Entre 1981 et 1984, Delors a occupé différents postes ministériels
De mai à juin 1981 : Ministre de l'Économie et des Finances dans le gouvernement de Pierre Mauroy.
De juin 1981 à mars 1983 : Il a continué en tant que Ministre de l'Économie et des Finances, jouant un rôle clé dans le tournant de la rigueur à partir de 1982.
Initialement engagé dans une politique de rupture comprenant des nationalisations et des mesures de relance, il a évolué vers une politique de rigueur, supprimant l'échelle mobile des salaires en 1982 et mettant l'accent sur la lutte contre l'inflation et le maintien d'une parité fixe avec le Deutsche Mark.
De mars 1983 à juillet 1984 : Il a été ministre de l'Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement de Pierre Mauroy.
Durant cette période, il a poursuivi sa politique économique axée sur la stabilité monétaire, bien que critiquée pour avoir potentiellement contribué au déclin industriel français.
Son mandat ministériel a été marqué par des ajustements économiques, des changements de politique en réponse à la situation économique et monétaire de l'époque, et une implication dans les affaires européennes et internationales, notamment en matière de parité monétaire et de coopération franco-allemande.
De maire de Clichy à la présidence de la Commission européenne
Jacques Delors, élu maire de Clichy de 1983 à 1984, a été considéré comme un possible successeur de Pierre Mauroy à la tête du gouvernement français.
Cependant, il n'a pas été reconduit dans le cabinet dirigé par Laurent Fabius.
À la suite d'un accord influencé par François Mitterrand et Helmut Kohl, chancelier ouest-allemand, Delors a été pressenti pour devenir président de la Commission des Communautés européennes en janvier 1985, succédant à Gaston Thorn.
Il a occupé ce poste jusqu'en décembre 1994 et a reçu le Prix International Charlemagne en 1992.
Jacques Delors: Ancien Président de la Commission européenne
En prenant ses fonctions à Bruxelles le 14 janvier 1985, Jacques Delors a annoncé un programme reposant sur l'approfondissement des mécanismes de marché et le renforcement des politiques industrielles et sociales au sein de la Commission européenne.
Ses idées coïncidaient avec celles de l'European Round Table, dirigé par Wisse Dekker de Philips, un lobby représentant les grandes multinationales européennes.
En janvier 1985, ce groupe avait présenté dans « Europe 1990 : un agenda pour l'action » un plan de relance de l'Europe, comprenant la suppression des barrières commerciales et fiscales.
C'est en partageant nos souverainetés nationales que nous pouvons mieux défendre nos intérêts communs
Ces idées ont reçu un soutien croissant, notamment parmi les parlementaires européens et les gouvernements européens.
Sur le plan social, Delors a encouragé le dialogue social au niveau européen et a promu une politique régionale de cohésion au sein de l'Union européenne.
Visionnaire de l'Europe unie et des réformes économiques
Selon l'économiste américain Rawi Abdelal, Jacques Delors a joué un rôle majeur dans la dérégulation des marchés financiers, poussant pour une libéralisation plus poussée que prévu dans le cadre du programme du marché unique européen.
Il a introduit la directive 88 (361) en 1988, qui a élargi considérablement la libéralisation des mouvements de capitaux, englobant toutes les transactions et transferts de capitaux.
Il a soutenu l'idée d'une Europe compétitive comparable aux États-Unis ou à l'Asie, en parallèle à la construction d'une Europe sociale.
Pendant son mandat en tant que président de la Commission européenne, plusieurs événements majeurs ont eu lieu, notamment la signature des accords de Schengen en 1985, l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans la Communauté européenne et l'adoption de l'Acte unique européen en 1986, la création du programme Erasmus en 1987, et la signature du traité de Maastricht en 1992.
Jacques Delors : «Ce qui était frappant chez lui c'était son accessibilité et sa simplicité»
Delors a été un défenseur énergique du traité de Maastricht, argumentant en faveur des avantages de l'intégration européenne, y compris l'emploi et la prospérité, notamment en promettant un million d'emplois pour la France grâce à l'euro.
Il a renforcé le rôle exécutif de la Commission européenne, représentant la Communauté européenne lors de grands sommets internationaux.
Son livre blanc a préconisé la création d'un grand marché européen, menant à la signature de l'Acte unique en 1986, qu'il considère comme son "traité favori".
Cependant, il a exprimé des réserves concernant les contraintes économiques et l'emploi négligés dans la partie monétaire de ce traité, soulignant ces lacunes lors de la crise de l'euro.
En 1989, Delors a présidé le Comité portant son nom, composé d'experts et de gouverneurs des banques centrales des douze pays membres.
Le rapport de ce comité a jeté les bases de la monnaie unique européenne, suivi par l'adoption des "paquets Delors I" en 1987 et "Delors II" en 1992, qui ont joué un rôle essentiel dans la voie vers l'Union économique et monétaire.
Ses distinctions
En 1998 : prix international de Catalogne de Barcelone
En 2007 : prix de Gaulle-Adenauer avec Helmut Kohl
27 octobre 2011 : prix Theodor Wanner (remis à Berlin)
24 novembre 2011 : insignes de docteur honoris causa, à l'Institut catholique de Paris
26 juin 2015 : citoyen d’honneur de l’Europe
Figure engagée de l'Europe moderne
Jacques Delors, en tête des sondages pour l'élection présidentielle de 1995, annonce dans l'émission 7 sur 7 en décembre 1994 qu'il ne sera pas candidat.
Il justifie cette décision par son âge, la perspective de divisions internes au sein du Parti socialiste, et l'absence probable d'une majorité favorable pour ses réformes.
Cette surprise politique laisse présager une possible défaite de la gauche, laissant Jacques Chirac ou Édouard Balladur en position favorable.
Après cette annonce, Delors devient président du comité de soutien de Lionel Jospin pour l'élection présidentielle.
Par la suite, il occupe diverses fonctions, recevant notamment le premier prix européen Charles-Quint en 1995.
Entretien avec Jacques Delors
Il préside plusieurs comités et associations, dont la commission internationale sur l'éducation pour le XXIe siècle à l'UNESCO, le conseil d'administration du Collège d'Europe à Bruges, et l'association Notre Europe - Institut Jacques Delors.
En 2004, il signe la pétition pour un "Traité de l'Europe sociale".
Bien qu'éloigné de la politique, il reste actif dans le débat public et soutient le traité établissant une constitution pour l'Europe lors du référendum français en 2005.
En 2006, il s'engage en faveur des États généraux de l'Europe et soutient l'idée d'une Communauté européenne de l'énergie en 2007 pour renforcer l'Union européenne dans les négociations avec les producteurs d'énergie.
En 2010, il intègre le Comité de Pilotage du Groupe Spinelli, un groupe interparlementaire visant à promouvoir le fédéralisme au sein de l'Union européenne.
En 2015, il est nommé "citoyen d'honneur de l'Europe" par le Conseil européen, honorant ainsi son rôle dans la construction européenne.
En mars 2020, malgré ses 94 ans, Delors intervient sur la crise européenne liée à la pandémie de Covid-19, soulignant le besoin crucial de solidarité au sein de l'Union européenne pour assurer sa pérennité et renforcer la construction européenne.
Ses décorations
Commandeur de la Légion d'honneur (France)
Grand-croix de l’ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne
Médaille de l'ordre du Mérite de Bade-Wurtemberg (Allemagne)
Chevalier de l'ordre bavarois du Mérite (Allemagne)
Grand-croix d'or de l'ordre du Mérite (Autriche)
Chevalier grand-croix de l'ordre d'Isabelle la Catholique (Espagne)
Grand-croix de l'ordre de la Croix de Terra Mariana (Estonie)
Grand-croix de l'ordre du Mérite hongrois
Grand-croix de l'ordre du Soleil (Pérou)
Grand-croix de l'ordre du Mérite de la république de Pologne
Grand-croix de l'ordre de l'Infant Dom Henri (Portugal)
Grand-croix de l'ordre du Christ (Portugal)
Sa vie privée
En 1948, Jacques Delors se marie avec Marie Lephaille.
Ils ont deux enfants : Martine, née en 1950, et un fils, Jean-Paul, né en 1953.
Malheureusement, Jean-Paul décède à l'âge de 29 ans en février 1982, emporté par une leucémie.
La résidence principale de la famille est localisée dans le département de l'Yonne.
Décès de Jacques Delors : les réactions politiques et publiques
Quelle est la cause de son décès ?
Décécé le 27 décembre 2023 à Paris, à l'âge de 98 ans. L'ancien président de la Commission européenne, serait décédé dans sa demeure durant son sommeil.
De nombreux hommages pour le ''père de l'Europe''
Le 5 janvier 2024, une cérémonie d'hommage national a été organisée aux Invalides. Le président Emmanuel Macron a tenu un discours en sa mémoire devant les chefs d'État présents, tels que le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, et le Premier ministre belge, Alexander De Croo. Les présidents du Conseil, de la Commission, du Parlement et de la Banque centrale européens étaient également présents. Un hommage européen est prévu pour la fin du mois de janvier.
Suite à l'annonce du décès de Jacques Delors, une pluie d'hommage de personnalités publiques notamment politiques n'ont cessé comme le président français Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen l'actuelle président de la Commission et tant d'autres...
Tweet du président Emmanuel Macron
Tweet d'Ursula von der Leyen
Tweet d'Olaf Scholz, chancelier fédéral d'Allemagne
Tweet de Charles Michel, président du Conseil européen
Tweet de l'ancien Président de la République, François Hollande
Tweet de Michel Barnier, ancien négociateur européen pour le Brexit
Tweet de Olivier Faure, premier secrétaire du partisocialiste
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